Pourquoi chanter la Saint-Jean ?

Le Journal de Montréal, 23 juin 2001
Patrick Gautier


Demain soir, ils seront sept sur la scène du parc Maisonneuve. Sept artistes très différents ayant autant de raison de chanter la Saint-Jean.

D’ailleurs, c’est une bonne choses que des considérations logistiques m’aient empêché de rencontrer Richard Séguin, Daniel Lavoie, Bruno Pelletier, les gars de Loco Locass, Marie-Jo Thério et le directeur artistique, Pierre Séguin, en même temps.
De sérieuses discussions, voire même quelques viriles engueulades, seraient sûrement survenues tellement les opinions étaient divergentes.
Le sujet de cette conversation, qui n’a jamais eu lieu, mais qu’ont tente de reconstruire ici, était pourtant fort simple : la Saint-Jean est-elle une fête politique ?

Le coin bleu
Dans le coin bleu, on retrouve bien sûr Loco Locass, dont la présence au concert de demain a de quoi surprendre : les vues ultranationalistes du trio sont connues, la relative tiédeur du concert montréalais l’est tout autant.
Le trio, Batlam en tête, se demande comment « on peut être fier à moitié d’être québécois, comment on peut faire un spectacle de la Saint-Jean avec des artistes sans allégeances précises ».
« Mais la fête, on lui donne l’intention qu’on veut », résume avec philosophie Biz.
Richard Séguin est également dans le coin des Loco Locass, dont il vante d’ailleurs les mérites en entrevue. « Cette prise de parole, cette absence de détachement, cette continuité, cette façon de nous lier à notre passé tout en étant moderne, ça me plaît beaucoup. Loco Locass, à la Saint-Jean, c’est un incontournable, ai-je le goût d’ajouter ».
Pour ce qui est de notre sujet, Richard Séguin fait dans la nuance, bien que ses convictions ne laissent aucun doute. « La fête de la Saint-Jean polarise l’esprit du pays. Car ce pays existe ; il n’est pas fictif ».

Le coin rouge
Dans le coin rouge se tient Daniel Lavoie. Derrière la réserve que lui procure son statut de Franco-Manitobain dans ce débat, on sent une réticence à se prononcer vraiment.
« C’est une fête, un party, une grande célébration populaire. Je préférerais que ce soit comme le Noël des Québécois, sans portée politique », affirme-t-il.
Même réserve chez l’autre « étrangère » de la bande, Marie-Jo Thério. L’Acadienne tentera en effet « d’amener le journaliste ailleurs ».
Pour elle, la Saint-Jean est « la fête d’une diversité, qui est d’abord personnelle ».


Bruno l’arbitre
Au centre, Bruno Pelletier fait un peu l’arbitre. Car le chanteur, qui se décrit comme un « souverainiste annoncé », refuse de parler politique en entrevue.
« Ca ne sert jamais les artistes. Nos paroles sont toujours utilisées pour servir les vues du journaliste », affirme Bruno.
Pas moyen de lui tirer les vers du nez, donc. Au plus réussira-t-on à lui faire dire : « La fête du Québec, je la chante avec le cœur ; la fête du Canada, je la chante pour rencontrer mes fans ».
Mais peu importent les motivations de Bruno, l’invitation à chanter à la Saint-Jean l’a flatté.
« C’est un peu une consécration. T’es là parce que ça représente quelque chose pour toi et pour les gens qui seront devant la scène ».
Voilà finalement une chose qui fait l’unanimité.
Et Pierre Séguin, qui signe la direction artistique du spectacle et la réalisation de la retransmission télé, où se situe-t-il dans ce combat ?
Dans les gradins, demeurant neutre, entre la Société Saint-Jean-Baptiste, « qui voudrait que la fête soit très politisée », et la Société Radio-Canada, « qui aimerait qu’elle le soit le moins possible ».
Ambigu, tout ça ? Sûrement. Comme l’est le Québec, « peuple en éternel questionnement. D’où le concept du spectacle, qui repose en grande partie sur des chansons en forme de questions : « Qui sait ?, M’entends-tu ? », précise le concepteur.
Pour la réponse finale, rendez-vous demain soir au parc Maisonneuve.

 

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