La nouvelle voie de Daniel
La Presse, 2 mai 2003
Isabelle Massé
On le croit résident permanent de la
Ville Lumière depuis l’aventure de Notre-Dame de Paris. Depuis que Luc
Plamondon et Richard Cocciante lui ont donné la chance de montrer qu’il pouvait
chanter en empruntant les habits d’autrui. On le croit amoureux fou de
Montmartre où il vit depuis plusieurs mois. Et pourtant… « Je trouve ça triste à
mourir, Paris » lance sans ambages Daniel Lavoie devant des journalistes
québécois réunis dans un hôtel parisien. « C’est gris, humide, bruyant et
pollué. Je m’ennuie du Québec. Il faudra des chaînes pour me garder ici… ».
Dès qu’il accrochera la veste de l’aviateur qu’il incarne dans la comédie
musicale le Petit Prince, depuis septembre 2002, le chanteur mettra
rapidement le cap sur Montréal. Du temps de Notre-Dame de Paris, Luck
Mervil et Garou devaient insister pour le traîner dans les clubs très
prisés… Le nightlife parisien ? « Pas mon truc ! Paris est une ville pour
travailler. La première fois que j’y suis venu, c’était en 1975. J’avais une
moustache et des cheveux longs ! J’avais été très dépaysé. Il m’a fallu
longtemps pour comprendre les Français ».
Heureusement, avant d’atterrir sur la scène du Petit Prince, Daniel
Lavoie a eu une offre en or de Claude Fournier : un des rôles principaux de son
dernier film Book of Eve, une coproduction canado-britannique tournée à
Montréal. Celui d’un immigrant roumain (accent compris) qui a une aventure avec
une dame plus âgée (l’Anglaise Claire Bloom). Sur un coup de tête, cette
dernière a claqué la porte de sa luxueuse résidence de Westmount et quitté son
époux méprisant pour recommencer sa vie à neuf dans un demi sous-sol du bas de
la ville.
« Elle arrive à un point dans sa vie où elle trouve le courage de
faire ce dont elle rêve depuis toujours », raconte Daniel Lavoie. « C’est comme
ouvrir la cage d’un oiseau. C’est charmant de voir, dans un monde où ce sont les
vieux bonshommes qui ont les jeunes filles, qu’une femme d’âge mûr puisse être courtisée par un jeune homme ».
Une comédie musicale, puis deux. Et maintenant un film. Le nom de Daniel Lavoie
ne trône plus au sommet des palmarès depuis un bail, mais il occupe une place
enviable bien haut sur les affiches promotionnelles des comédies musicales
courues et, désormais, d’un film.
Pour un peu, son nom ne serait pas apparu sur l’affiche de Book of Eve (Histoires
d’Eve en version française)… « On se fait demander par Claude Fournier de
jouer un rôle », explique Daniel Lavoie. « On accepte et puis… Un mois avant le
début du tournage, je l’ai appelé pour lui dire que ça ne me tentait plus.
Vraiment. C’était la première fois où j’allais me retrouver dans un élément où
je n’étais pas maître de la situation et ça m’inquiétait beaucoup. Je me sentais
incapable de jouer un Roumain, en anglais, avec une grande comédienne comme
Claire Bloom (Crimes and Misdemeanors). Il est alors arrivé chez moi en
quatrième vitesse et a réussi à me convaincre ».
Le grand timide qu’il est a pris son courage à deux mains… et ne regrette
aucunement l’aventure. « Je crois que le résultat est probant », juge celui qui
n’avait pas encore vu le film lors de l’entrevue. « Ce fut une belle expérience,
Claude y est pour beaucoup. Cet exercice de concentration fut drôlement
intéressant. C’était la première fois que je jouais un personnage qui ne me
ressemble aucunement. Dans le Fabuleux Voyage de l’Ange de Jean-Pierre
Lefebvre (1991), mon personnage était timide, un peu pogné. Je ne sortais
pas vraiment de moi-même. Mais depuis le tournage de Book of Eve, j’ai
envie de recommencer ».
Prochaine étape ? Félix Leclerc. « Mais n’attendez pas une imitation à la André-Philippe Gagnon. Je vais prendre Félix Leclerc vers 35 ans à ses débuts en
France. C’est d’ailleurs là qu’on va tourner. On va s’attarder au Félix
mythique, plus grand que nature. Celui notamment de Mai 68 ».
Daniel Lavoie retrouvera alors la musique. Sa raison d’être, artistiquement
parlant. Car le chanteur n’acceptera jamais de s’éloigner pour de bon de son
studio de musique et ses claviers.
« Des offres de cinéma, j’en ai eu plusieurs
depuis les années 80. Je n’avais cependant jamais eu de proposition assez
intéressante, avant Book of Eve, qui justifiait de prendre deux ou trois
mois d’arrêt. Je préfère faire de la musique. Le cinéma n’est pas une passion et
ne deviendra jamais une priorité ».
Quand il ne parle pas au Petit Prince, l’aviateur compose chez lui. Il n’a pas
fait d’album depuis 10 ans, mais qu’importe. Il lui reste le plaisir de composer
des chansons pour d’autres.
« C’est très agréable. Je touche ainsi à plusieurs
styles. Je ne ressens pas le besoin de me gratter les tripes, d’écrire pour moi
et partir en tournée (il dit néanmoins rêver d’un spectacle solo). Ecrire pour
des interprètes chez moi me comble. Peut-être suis-je fainéant ? »
On a peine à croire que celui qui a trimé plus de 10 ans avant d’atteindre un
niveau de notoriété enviable dans les années 80 soit paresseux. Daniel Lavoie a
revêtu la soutane de Frollo 500 fois. Quand il reviendra à Montréal, cet été, il
aura côtoyé le Petit Prince pendant 10 mois, six soirs par semaine !
Malgré la pluie et autres intempéries de Paris, le chanteur a tenu à rendre son
séjour des plus agréables. Monsieur habite à dix minutes du théâtre.
« Je m’y
rends à pieds et ne m’y retrouve que quatre heures par jour. Le reste de la
journée m’appartient. C’est agréable de ne pas avoir à tout assumer. J’arrive au
théâtre, je mets mon costume, je joue et je retourne chez moi ».
Combien de personnes pour jeter un coup d’œil en sa direction lorsqu’il trotte
dans Montmartre ?
« Je mets ma casquette et mes lunettes et personne ne me
reconnaît ! »
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