Daniel Lavoie a fait la paix avec les années troubles
 

Echos vedettes, mars 1997
Normand Cusson
 

Lui, timide ? « Au début, oui, comme Kevin Parent aujourd’hui. Mais quand les gens se forment une impression, ils n’en démordent plus. Dans le fond, je profite un peu du malentendu… »

Sur son nouvel album Live au Divan vert, Daniel Lavoie donne une interprétation surprenante du Blues du Businessman. Parlé plutôt que chanté, sombre, pesant, sarcastique, l’hymne glorieux imaginé par Plamondon ressemble à une marche d’enterrement. « Pour moi, dit le chanteur, ce businessman est tout à fait antipathique. Je ne le crois pas une seconde quand il dit qu’il aurait voulu être un artiste. C’est un cynique pitoyable. Ils… » Daniel Lavoie s’arrête net et pouffe de rire : « Bien sûr, c’est peut-être mon hang-up, une idée fixe chez moi depuis un bout de temps. »

Pas moyen de ne pas revenir sur les problèmes de business qu’a eus Lavoie ces dernières années. D’abord trompé par son gérant et ami de 20 ans. Puis poussé à la faillite personnelle.

Puis privé des bandes-maîtresses de toutes ses chansons, qui dorment désormais chez EMI en France. Le chanteur explique : « Ils n’ont pas le droit de sortir mes chansons sans mon autorisation et je ne veux pas des conditions qu’ils m’offrent. »

Comme on ne peut se les procurer nulle part, Live au Divan vert propose des classiques comme Je voudrais voir New York, Jours de Plaine, Long courrier et Tension Attention, etc,… Seize « tounes » en tout, présentées comme leur auteur et son quatuor les ont interprétées en tournée pendant deux ans. Ce spectacle unplugged leur a valu un gros succès critique et de bonnes salles, mais dans la débâcle du showbiz, les retombées financières restent humbles.

A défaut de mener la vie de star de jadis, l’auteur du Temps des animaux  ne manque pas de travail : il vient de réaliser l’album de Louise Forestier, a fait une traduction anglaise de son album pour enfants, Bébé Dragon, et en prépare un autre en français, sans compter une couple de musiques de films et des projets pour bientôt. Lavoie estime qu’on « travaille mieux quand on n’a pas la pression du succès sur les épaules. Quand ça marche, tu fais toutes sortes de choses qui n’ont rien à voir. Là, je fais plus de choses actuellement qu’il y a 10 ans. »

Il y a 15 ans, son Tension Attention avait ramené toute une jeunesse disco à la chanson francophone. Peu après Ils s’aiment, il a presque percé en France. Au moment de Here in the Heart, il était sous contrat aux Etats-Unis. Sans un René Angelil derrière lui, il devait cependant se démener tout seul et trouvait ça « chiant ».

"J’ai pris peur. Je me voyais mené par la grosse machine, j’avais déjà des problèmes avec Los Angeles. J’avais ici une famille extraordinaire et je savais que c’est à ça que je tenais le plus. Finalement, le jour où j’ai décidé d’arrêter de pousser, j’ai senti un énorme fardeau me tomber des épaules."

Aujourd’hui, Daniel Lavoie se trouve plutôt « bon père » en particulier pour son benjamin de 7 ans. Longtemps, ce fut plus difficile. « J’étais un peu déchiré. Quand t’es jamais à la maison et que ton fils te demande :" quand reviens-tu papa ? tu sais que tu sacrifies des choses… » (Ce fils aîné qui a maintenant 22 ans, étudie en génie électrique à la Polytechnique. C’est un passionné de guitare flamenco, « un très bon musicien », dit son père qui lui a quand même conseillé un vrai métier à côté de la guitare espagnole.)

Finalement, pas trop amer, Daniel Lavoie ? « Amer pour une chose : le gouvernement québécois m’a laissé tomber quand mes chansons ont été vendues à l’étranger dans une vente de garage. La banque culturelle du Québec (la SOGIQ) n’a pas levé le petit doigt. Un gars du Manitoba, ça compte pas. Si ça avait été Vigneault par exemple… »

Hormis ces fonctionnaires « même pas conscients de la vacherie qu’ils faisaient », Daniel Lavoie a fait la paix avec ces années troubles. Il a même trouvé des businessmen comme le producteur André Di Cesare et son gérant actuel Robert Vinet, qui « respectent leurs artistes et savent écouter. C’est rare, mais ça existe. »  

Copyright © [Site officiel de Daniel Lavoie]