Daniel Lavoie à l’Olympia
 

Paroles et Musique, septembre 87
Marc Robine


Daniel Lavoie est de retour en France. Ce Canadien – pas québécois, attention – qui avait bousculé les hit-parades avec Ils s’aiment a sorti un nouvel album en novembre dernier, Vue sur la mer, qui n’a guère fait parler de lui. Voici donc aujourd’hui l’occasion de combler cette lacune avec Daniel lui-même, que nous avons rencontré alors qu’il préparait son spectacle de rentrée, à l’Olympia du 15 au 20 septembre.

On retrouvait encore, dans Vue sur la mer, cette espèce d’ambivalence qu’il y avait dans ton spectacle du Rex*. Une face très rythmée, presque de la musique à danser, et une autre beaucoup plus cool, plus ballades.
C’est vrai, et c’est un peu malgré moi : je fais l’équilibre. Pour moi, c’est nécessaire. Je ne peux pas faire qu’une seule chose, parce que ça m’ennuie ; alors je fais un mélange de tout. Autant en spectacle que sur disques, et probablement dans tout ce que je fais.

Mais ce qui est étonnant, c’est que ce soit aussi tranché. On pourrait imaginer un panachage, au lieu de cette séparation face A, face B.
C’est que j’écoute les disques de cette façon. Quand j’ai envie d’une face planante, je n’ai pas envie qu’un gros rock’n’roll  arrive en plein milieu. Parce que ça me dérange. Mais quand j’écoute quelque chose qui bouge, je n’aime pas qu’on calme le jeu avec un truc planant. Alors, j’ai fait l’album comme ça. Il y a un côté qui est plus rock, et l’autre qui est doux ; pour ceux qui veulent rester dans un même climat. Je n’avais pas fait ça sur Tension, Attention : mais depuis que j’ai adopté ce système les gens me disent que ça leur plaît beaucoup. Il y a des soirs où ils se tapent la surface calme, et ils n’ont pas peur qu’on vienne les bousculer.

Tu y co-signes un certain nombre de paroles avec Thierry Séchan, le frère de Renaud. Pourquoi ?
Ca s’est passé par hasard. La compagnie de disques pour laquelle je travaille, au Québec, et qui est un peu mon label, a sorti les disques de Renaud. C’est nous qui l’avons fait venir au Québec pour la première fois, et il y avait donc un contact à ce niveau-là. Quand, à un moment donné, j’ai eu envie de travailler avec un parolier français, mon manager canadien, qui connaît bien Thierry, m’a dit : « Pourquoi pas travailler avec lui ». Il est donc venu passer quelques semaines au Québec, et ça a donné ça.

Est-ce lui qui est arrivé avec des projets de textes sur lesquels tu as retravaillé ?
Non, au départ ça vient toujours de moi. Je choisis le sujet et la direction plus ou moins précise du texte. A partir de là, je peux travailler avec quelqu’un d’autre. On s’entend, on définit petit à petit, jusqu’à ce que l’on ait le produit final. Mais j’ai quand même un grand droit de veto, parce que ce sont des textes que je devrai endosser et défendre. Il faut donc que ça me colle très bien.

Pour la première fois tu as une chanson très politique : « La villa de Ferdinando Marcos ».
Cette chanson-là a été écrite sans vraiment penser à l’utiliser sur un disque. Un jour j’ai entendu que Ferdinand Marcos venait de se faire donner une villa de deux millions de dollars US, par le gouvernement américain ; et j’ai trouvé ça d’un cynisme insupportable. Rentré chez moi, je me suis assis au piano et j’ai fait la chanson en vingt minutes, paroles et musique. J’en ai fait une bande et je l’ai oubliée. Et puis, quand je choisissais des chansons pour l’album, je l’ai fait écouter à quelqu’un qui m’a dit de la mettre sur le disque. J’ai donc retravaillé un peu le texte, pour mieux le définir.
Mais je crois que j’ai des chansons politiques depuis le début. Ils s’aiment était une chanson très engagée. C’est peut-être pas évident, parce que ça ne dit pas les choses en noir et blanc ; mais c’est une prise de position très claire. C’est encore une chanson qui s’attaque au cynisme du pouvoir et de la politique internationale. Ca n’est pas forcément toujours intéressant que ça soit en noir et blanc ; mais c’est toujours marqué entre les lignes. Parce que je suis de ceux qui pensent que, dès que tu dis quelque chose à plus de deux personnes, tu fais de la politique.

Et comment va être ton prochain spectacle, à l’Olympia ?
Ce sera un spectacle complet, beaucoup plus homogène que ce que j’ai fait au Rex la dernière fois. C’est comme un train : il y a des wagons et l’on passe de l’un à l’autre, avec des ambiances et des climats, et un décor qui se transforme. Un décor que j’envoie du Canada, par container. Un gros décor qu’on a fait en fonction de l’Olympia, mais qu’on va utiliser partout en tournée, en France et au Québec. C’est un truc un peu futuriste, qui ne représente rien de particulier, mais qui, en fonction de l’éclairage, peut aussi bien représenter une ville qu’un vaisseau spatial.

Et au niveau de la musique ?
J’ai beaucoup réduit les programmations de machines. Il y en avait beaucoup au Rex. Cette fois ce sont surtout des musiciens qui jouent : un vrai batteur, un bassiste, un guitariste, deux saxophonistes et une chanteuse. Et tout le monde joue un peu des claviers. Il y aura aussi du vrai piano, dont je jouerai moi-même. C’est un spectacle assez musclé, et les gens qui viendront pour écouter des ballades risquent d’être surpris, parce que ça déménage pas mal. Je n’ai pas de scrupules ; quand on rentre dans une chanson, on y rentre à fond. Par contre il y a aussi des moments très doux, très larges.

Aujourd’hui tu ne crois donc plus en l’avenir des machines, des séquenceurs, etc ?
Non, je pense que ça diminue d’année en année. Aux USA, en ce moment, il y a un retour à la guitare, au piano acoustique et, finalement, à des chansons plus construites.


*Son dernier spectacle à ce jour à Paris, en octobre 85.

Copyright © [Site officiel de Daniel Lavoie]