Daniel Lavoie, le grand
prince de la chanson
Côté Femme, 31/7/02
Isabelle Bieth-Leize
Le chanteur canadien sera l’aviateur
du Petit Prince, mis en notes par Richard Cocciante, d’après le
chef-d’œuvre de Saint-Exupéry
Le rendez-vous était fixé dans une suite d’un grand hôtel parisien… Daniel
Lavoie ouvre la porte avec un large sourire, creusant d’adorables sillons autour
de ses yeux bleu foncé. Regard de velours, grande silhouette élégante, l’artiste
vous sert la main d’une poigne ferme. Tout de noir vêtu, il gardera son blouson
de cuir pendant tout l’entretien. Peut-être pour déjà se glisser dans la peau de
l’aviateur… L’inoubliable interprète d’Ils s’aiment évoque son enfance
« dans les grandes plaines de l’Ouest », ses envies, sa famille… Avec
simplicité, douceur et humour.
Pourquoi ce projet vous a-t-il séduit ?
Pour plusieurs raisons : retrouver la scène après l’incroyable succès de
Notre-Dame, dans un très beau rôle. Revenir vivre à Paris aussi, et
travailler avec une équipe que je connais bien. Si l’on m’avait proposé un autre
personnage, j’aurais hésité plus longtemps : Le Petit Prince a une place
particulière dans le cœur de chacun, qui touche des gens de tout âge, dans le
monde entier.
N’avez-vous pas peur de dénaturer l’œuvre ?
Toute l’équipe aborde le projet avec humilité et un grand respect : nous ne
raisons pas un Petit Prince revisité façon disco ! Il faut apprivoiser le
livre, essayer de le comprendre et de le rendre avec la perception que l’on en
a, sans tenter de le réécrire. La seule ambition est de faire du bien, et dans
ces périodes troublées, cette œuvre porte une sérénité certaine.
Quand l’avez-vous lu pour la première fois ?
J’étais adolescent, et je ne crois pas en avoir retenu grand-chose.
Saint-Exupéry a écrit Le Petit Prince à quarante-deux ans, en période de
doute. Je crois que les sujets qu’il aborde ne sont pas facilement
compréhensibles pour un adolescent, en tout cas pour l’adolescent des plaines de
l’Ouest canadien que j’étais. En le relisant beaucoup plus tard, j’en ai enfin
compris le sens. Ce qui me touche, c’est le désarroi de cet homme devant la
complexité de la vie et son envie de retrouver la simplicité et l’émerveillement
de l’enfance. Plus l’âge avance, plus la vie semble compliquée… Cette aspiration
à la simplicité suscite une très forte émotion.
Et vous, quelle a été votre enfance ?
J’ai eu une enfance très heureuse, « dans l’eau bénite » comme on dit chez
nous ! J’ai vécu dans un petit village du Manitoba, loin de tout centre
d’influence. Nous n’avions pas grand-chose, mais nous ne savions pas que les
autres avaient plus. J’ai gambadé dans les prairies, les ravins… où il n’y avait
personne, où l’on vivait des aventures extraordinaires. Ensuite, je suis allé à
la grand ville, dans un pensionnat de jésuites.
Quand vous êtes-vous lancé dans la musique ?
J’ai commencé le piano vers cinq ans, chez les bonnes sœurs du village. Au
début, je n’y allais pas de bonne grâce, mais j’avais une certaine facilité.
Pendant tout le collège, je jouais avec des copains. A la fin du lycée, nous
sommes partis en tournée au Québec. C’était loin de chez nous… Nous avons mis
les instruments dans un camion, nous sommes partis, et je ne suis jamais
revenu !
Quels sont les moments forts de votre carrière ?
Le plus fort, c’est quand j’ai chanté en première partie d’Edith Butler, à
Montréal, en 1975. J’avais les mains tellement moites qu’elles glissaient sur le
piano ! Il y a aussi les premières fois où j’ai chanté à Paris… Et puis
Notre-Dame de Paris, dont le succès a été très agréable à partager en
troupe !
Que voulez-vous transmettre à vos trois enfants ?
Une certaine confiance dans la vie. Je ne suis pas quelqu’un qui prêche,
j’essaye de montrer par l’exemple et de faire en sorte qu’ils choisissent une
voie qui leur soit agréable : quand on est jeune, on a l’impression que la vie
est courte, mais avec l’âge, on se rend compte qu’elle n’est pas si courte que
ça… Surtout si l’on travaille dans un domaine que l’on n’aime pas !
Où posez-vous vos valises ?
Dans un village, au sud de Montréal. C’est la campagne, car j’ai toujours
beaucoup de difficultés à vivre en ville. Je viens à Paris une année pour le
spectacle, avec ma famille (il y a eu conciliabule !). Je vais essayer de m’en
accommoder…
Quelles sont vos passions ?
J’aime faire du vélo et je suis passionné de jardinage et d’horticulture. J’ai
un grand bois et je m’occupe de la forêt, de mon potager, du verger. C’est
beaucoup d’ouvrage mais j’aime le travail physique. La lecture aussi me plaît…
Bref, j’ai une vie bien remplie !
Comment vous voyez-vous dans dix ans ?
En vie autant que possible. Je ne sais pas où va ce monde, nous nous sentons
tous un peu ballottés. Je n’ai pas de plan de vie, et je ne suis pas près d’en
avoir un. J’aime aborder les jours au fur et à mesure, parce que je n’aime pas
me projeter dans le futur… On verra bien !
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