"Je me suis débarrassé de bien de tracas" - Daniel Lavoie

Magazine "7 jours"- Janvier 2000.
Dominique Dufour

S'il a vécu, il y a quelques années, une période difficile dans sa vie professionnelle, le chanteur Daniel Lavoie est aujourd'hui loin des tracas qui ont tourmenté son existence. Le chanteur a fait peau neuve et nous parle des grandes priorités qui ont contribué à son nouveau bonheur.

Quand Daniel Lavoie et sa conjointe, Louise, ont décidé, il y a plus de dix ans, de s'établir à la campagne, ils ont étalé une carte de la région de la Montréal sur une table, pris un compas et planté la pointe de celui ci au coeur du centre-ville. Puis, ils ont tracé un cercle dont le rayon représentait approximativement un trajet de 45 minutes en voiture. Pendant deux ans, ils ont sillonnées municipalités qui se trouvent le long de la circonférence donnée. Leur choix s'est arrêté sur un secteur de la Montérégie traversé de cours d'eau joyeux et tapissé de vastes champs et de jolis coin boisés.

Daniel, pourquoi aviez-vous envie de vous éloigner de la ville?
J'ai été élevé au Manitoba, dans le petit village de Dunrea, au sud de Winnipeg, et je ressentais un besoin vital de renouer avec les grands espaces et la quiétude. Par ailleurs, à Montréal, une personnalité a plus de difficultés à passer incognito, même si la majorité des citadins respectent son besoin d'intimité. A la campagne, les gens sont curieux mais, si on s'implique dans es activités du village, on fait rapidement partie des meubles. Tout le monde se connaît, et le nouveaux venus sont très vite acceptés.

Vous considérez-vous comme un véritable amant de la nature?
Bien sûr. C'est dans un tel environnement que je me sens le mieux. J'aime sortir de la maison et n'entendre que les bruits de la nature. J'ai plusieurs amis qui disent apprécier la campagne, mais peu sont capables d'y vivre pour de longues périodes. Moi c'est tout à fait le contraire: je suis incapable d'habiter en ville plus de trois jours!

Pourquoi avez-vous choisi la Montérégie?
Cette région nous a souri. Elle est paisible, et il n'y a pas d'autoroute qui traverse le secteur que nous habitons. De plus, celui-ci ne comporte pas d'attrait touristique d'importance. De temps on temps, des cyclistes sillonnent les routes avoisinantes, mais nous les aimons bien. Nous aussi, nous faisons du vélo et ici, c'est l'endroit idéal pour pratiquer ce sport.

Il y a quelques années. lorsque vous avez fait faillite à cause de votre compagnie de disques. vous avez traversé une période difficile. Que retenez-vous de cette expérience?
Je pense que c'était un passage nécessaire. Ç'a été une période difficile, mais extrêmement bénéfique, car elle m'a permis de larguer des choses qui m'empêchaient d'être bien depuis plusieurs années. C'était ce qui pouvait m'arriver de mieux. J'ai fait peau neuve et j'admets que, maintenant, je me sens très bien.

Considérez-vous que vous profitez pleinement de la vie?
Oui. Avant mon existence était remplie de points noirs qui m'empêchaient de profiter des plaisirs du quotidien. Débarrassé de tous ces tracas, je me suis senti beaucoup plus heureux et plus léger.

Vos priorités sont-elles restées les mêmes?
Elles demeurent ma famille, ma vie à la campagne et la musique. Le succès de Notre-Dame de Paris et les millions d'albums vendus constituent en quelque sorte le glaçage sur le gâteau...

Avez-vous ressenti quelques inquiétudes avant d'accepter de vous impliquer dons la grande aventure de Notre-Dame de Paris?
C'était un gros risque au départ. À ce moment-là je gagnais quand même bien ma vie au Québec, alors j'ai énormément hésité à partir. Mais j'étais aussi conscient que tout le travail que j'avais accompli durant les années précédentes risquait de tomber dans l'oubli, et j'avais besoin de changement...

L'idée de laisser toute votre famille derrière vous pendant une longue période constituait-elle un facteur qui aurait pu vous empêcher d'aller de l'avant?
Il était hors de question que je parte sans Louise et mes enfants. C'était une condition incontournable. Le producteur a accepté mes exigences sans aucune réticence.


Vous qui viviez à la campagne dans un environnement calme et serein, que pensiez-vous de vous installer à Paris, une des villes les plus animées du monde?
C'est certainement ce que j'ai trouvé le plus difficile et ça été une grande source d'inquiétude pour moi. Mais Paris est une ville fabuleuse et extraordinaire à découvrir. De plus, j'ai travaillé tellement fort que le temps est passé rapidement.

Les membres de votre famille se sont-ils bien adaptés?
Oui. Ça été formidable. Nous nous sommes trouvé un bel appartement non loin du Palais des congrès où était présenté le spectacle, et nous avons vécu comme des Parisiens durant cinq mois.

Vos enfants ont-ils apprécié leur nouveau milieu scolaire?
Gabrielle et Joseph ont plongé dans leur nouvelle vie sans hésiter. Ils se sont vite adaptés à leur école, ainsi qu'à la discipline française. À mon grand plaisir, ils ont obtenu de bonnes notes.

Votre horaire était chargé. Vous ne deviez pas être en mesure de passer beaucoup de temps avec eux...
Je profitais de leur compagnie les mercredis et samedis après-midi - les congés scolaires sont différents en France. Le week-end, Joseph m'accompagnait à toutes les matinées. Son copain, le fils d'Hélène Ségara, et lui s'amusaient beaucoup dans les couloir immenses de l'arrière-scène du Palais des congrès. Quant à Gabrielle, elle s'est fait en très peu de temps une douzaine de bonnes amies, avec qui elle est restée en contact.

On peut donc dite que vous avez pris une excellente décision en acceptant le rôle de Frollo, non?
Avec le recul, oui. (rires) Mais le succès de Notre-Dame de Paris ne s'est pas fait de façon instantanée. Je dirais même que, à un certain moment nous vivions un peu dans l'inquiétude et ce, malgré le fait que la chanson Belle connaissait un vif succès au Québec. Nous savions tous que ce qui marche ici ne fonctionne pas systématiquement de l'autre côté de l'Atlantique. C'est seulement après le succès remporté aux Victoires de la Musique, en France, que tout a déboulé.

Est-ce que vous aimez encore Belle?
Je n'aime pas nécessairement l'entendre à la radio, mais j'aime encore la chanter.

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