Festival d'été de Québec

 

Soir de plaines

Nicolas Houle, Le Soleil

08/07/2004

Une demi-douzaine d’artistes s’unissent pour célébrer l’œuvre de Daniel Lavoie

De Je voudrais voir New York au récent Bénies soient les femmes, en passant par Qui sait ? et Ils s’aiment, Daniel Lavoie peut se targuer d’avoir donné au Québec, voire à la francophonie, quelques-uns de ses airs les plus mémorables. Pour souligner le parcours du Frollo de Notre-Dame de Paris, le Festival d’été, qui s’ouvre aujourd’hui, lui a réservé une soirée à caractère rétrospectif à laquelle participeront notamment Marie-Jo Thério, Yann Perreau et Luce Dufault.

Marie-Jo Thério ne s’est pas interrogée longtemps à savoir si elle prendrait part au spectacle Jours de plaines. Au fil des ans, l’homme de 55 ans est devenu non seulement un musicien auquel elle voue beaucoup de respect, mais un ami. Producteur de son premier album, Comme de la musique, il a permis à la jeune artiste qu’elle était, surtout connue pour son talent de comédienne, de passer sans mal derrière le micro.



« C’était une période particulière pour une auteure-compositrice féminine, se remémore-t-elle. Il y avait toutes sortes de couleurs qui ne m’intéressaient pas trop et Daniel, peut-être à cause de son ouverture et du fait qu’il vienne du Manitoba, donc qu’il soit francophone venant de l’extérieur du Québec comme moi, pouvait faire office de grand frère. De plus, il avait une notoriété qui a rassuré les producteurs de disques à mon sujet... »

Outre Thério, Dufault et Perreau — qui assurera la première partie, à 20 h —, Boom Desjardins ainsi que deux artistes qui ont côtoyé le Manitobain sur la scène de Notre-Dame de Paris, Luck Mervil et Bruno Pelletier, donneront vie aux chansons de Lavoie. Jours de plaines ne réinventera pas le genre des soirées-hommage, prévient Thério. C’est d’abord et avant tout la qualité des performances qui sera mise de l’avant.

« L’œuvre de Daniel s’aborde avec simplicité, observe-t-elle. Ce ne sera pas quelque chose avec beaucoup de froufrou, ni affecté. Et Daniel ne sera pas là en espèce de grand tycoon qui remercie. Il participera activement et nous rejoindra sur scène. »

Vaste répertoire
Quiconque s’attarde au parcours de Daniel Lavoie ne peut que constater à quel point l’auteur-compostieur a été prolifique. Initié tôt au piano, il s’est illustré dès 1967 en raflant les honneurs d’un concours pour la télévision de Radio-Canada. C’est toutefois à la fin de la décennie suivante, avec la parution de Nirvana bleu — sur lequel on retrouve La Danse du smatte et Angéline — qu’il connaît véritablement le succès. Quatre ans plus tard, Tension, attention voit le jour, couronné de trois Félix. Le chanteur maintient par la suite le cap en livrant des enregistrements où les simples répondent invariablement aux attentes, que ce soit sur Vue sur la mer (1988), Long Courrier (1990), Ici (1995) ou sur son petit dernier, Comédies humaines. À cela s’ajoutent des parutions anglophones, les volumes de Bébé Dragon, destinés aux enfants, et bien sûr les diverses comédies musicales auxquelles il a participé : Sand et les romantiques, Notre-Dame de Paris et Le Petit Prince.

Marie-Jo Thério, pour sa part, a arrêté son choix sur La Valse du cap Éternité, qu’elle présentera au piano, ainsi que sur Long Courrier. Elle se joindra également à ses collègues pour entonner d’autres airs.

« Encore récemment, on improvisait des duos, alors il y a un rapport spontané à tout ça, dit-elle. Mais surtout, c’est un show qui est fait avec beaucoup de sincérité. »

Thério est en quelque sorte devenue une habituée de ce genre de spectacles. On se souviendra que l’année dernière, elle avait brillé dans l’hommage à Brel, qui se tenait sur les Plaines, ainsi que dans celui réservé à Pauline Julien, au Pigeonnier. Elle rigole en prétextant que c’est parce qu’elle aime le Festival qu’elle s’y montre le bout du nez régulièrement, mais c’est aussi parce que les gens qui étaient honorés méritaient qu’elle y dépense son énergie. À cela s’ajoute le caractère collectif de la performance.

« Il faut être capable de sortir de ses chaussures pour garder une certaine souplesse, car sinon on a tendance à se répéter, à s’ennuyer et à ennuyer le public, analyse-t-elle. On fait un métier solitaire, où l’on passe notre temps à se regarder le nombril et à parler de soi, c’est donc une occasion qui nous rappelle qu’il y a une communauté musicale. »

D’un océan à l’autre
Depuis sa tournée Arbre à fruits, arbre à fruits, Marie-Jo Thério s’est faite discrète, ne se permettant que d’épisodiques apparitions. C’est que l’artiste commençait à élaborer son projet Chasing Lady à Boston, qui retraçait un peu son histoire personnelle, ainsi que celle de ses ancêtres aux États-Unis, lorsque les attentats du World Trade Center sont venus brouiller les cartes. Elle tentait parallèlement d’obtenir une distribution en Europe pour son disque La Maline et c’est finalement ce qui l’a occupée. On lui a en effet proposé de réenregistrer certaines des chansons, tout en ajoutant de nouvelles pièces, pour une galette qui devrait voir le jour à l’automne.

« Pendant ce temps, je suis aussi tombée amoureuse d’un Français et je me suis consacrée au projet français, explique-t-elle. Dès que cela est terminé, je retombe sur mon autre album et j’espère pouvoir le sortir pour 2005. »

D’ici là, Thério se joindra aux célébrations du 400e de l’Acadie, mais d’abord, se consacrera au répertoire de Daniel Lavoie. Bien que le chanteur ait plus souvent mis de l’avant les ballades que les compositions up tempo, Thério est persuadée que le spectacle soulèvera la foule.

« On l’oublie trop souvent, mais le répertoire de Daniel a plusieurs couleurs. Sa coquinerie par rapport au rap ou sa période exploratoire sont de bons exemples. C’est vrai qu’il a un côté lyrique, mais je crois qu’il y a là de quoi pour que ça groove ! C’est un univers dans lequel il y a beaucoup de mouvement. »

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