Interprète Frollo dans Notre Dame de Paris
 Il pose de nouveau ses valises en France

Christiane Colonne
1998



Originaire du Manitoba, Daniel Lavoie a d'abord fait carrière au Québec où il est devenu en quelques années une grande star. En 1984, la France découvre le chanteur, "Ils 'aiment" devient un tube et se vendra à 2000 000 d'exemplaires. De retour sur la scène française avec Notre Dame de Paris, il savoure déjà ses retrouvailles avec le public français.

4000 personnes pas jour debout pour l'applaudir, lui et les autres de Notre Dame de Paris et ce septembre à janvier, ne suffiront pas pour lui donner le goût de la ville et de la folie des grandeurs. Amoureux de la nature, c'est au calme, loin de l'effervescence citadine qu'il aime vivre avec sa petite famille.

Quelle agréable surprise, en effet, de revoir Daniel Lavoie sur une scène parisienne. "Et oui, depuis le New-Morning en 1991, je n'étais pas revenu chanter en France. "Merci donc à Victor Hugo, mais donner le rôle de Frollo, le vilain prêtre de Notre Dame de Paris à un Québécois, Plamondon ne manque pas d'audace. Aurait-il des comptes à régler avec la religion? "Jouer le méchant c'est génial! Pourtant au début lorsque Luc m'a proposé d'incarner ce rôle, je n'étais pas très emballé. J'avais un peu peur d'embarquer dans une comédie musicale. Ou sa passe ou ça casse. Et ce n'était pas le moment de risquer deux années de ma vie. Je devais au contraire beaucoup travailler pour remonter la pente. Alors j'ai demandé à lire le livret, à écouter les mélodies. Tout de suis j'ai senti quelque chose passer. Richard Cocciante chantant avec tant de coeur et les textes de Luc étaient vraiment du grand Luc Plamondon, je n'ai pu qu'accepter."

Dur dur, la vie d'artiste

"Le métier d'artiste a bien sur, des hauts et des bas. Pendant plusieurs années j'ai eu un passage à vide, de multiples péripéties avec ma maison de disque et sa gestion." Tout allait pourtant bien pour ce petit (plutôt grand) francophone du Manitoba. Après des études classiques qui devaient le pousser à devenir médecin, c'est la musique qui a eu le dernier mot. Du rythme dans la peau, de la poésie plein la tête, il arrive au Québec en 1971, l'aventure a commencé. Mais même avec du talent, il n'est pas facile de se faire une place, aussi petite soit elle, dans ce milieu impitoyable du showbiz que l'on soit en France ou au Québec. Finis les "voyages en mappemonde". Il décide de partir un jour, lui qui "n'avait jamais vu New York". A son retour, gonflé d'expérience et de savoir, de la sagesse plein son sac à dos, il reprend sa quête. En 1980, ça y est, il est sacré interprète de l'année au Québec. En 1983, la chanson "Ils 'aiment" le propulse au sommet. Même si le message de cette "toune" ne semble pas avoir été bien saisi par tout le monde, "Ils 'aiment" le fait devenir le le beau romantique ténébreux du moment. Une tête bien faite, certes, mais aussi bien pleine, le regard profond, douceur et dureté à la fois dans les traits, la voix chaude et rauque avec un nuage d'accent et une silhouette de rêve, grand et mince. Sur qu'il n'a jamais du céder à la tentation de crêper du sirop d'érable, ni aux tartes au sucre. Son look a néanmoins changé ces derniers temps, il a comme...mûrit. Le Daniel Lavoie d'aujourd'hui a le cheveu court, énergique et poivre-sel, il dégage aussi autre chose. "C'est vrai j'ai changé, je sui tout d'abord moins timide. J'ai réussi à maîtriser ce handicap. Avant, je fuyais les gens, c'est fini tout ça. En prenant de l'âge, c'est normal, non? Les soucis y sont aussi pour quelque chose, ils permettent de prendre du recul, de devenir plus philosophe. Quand tout a été réglé avec mes maisons de disques, je me suis relancé en affaires, me tournant même vers les Etats-Unis. Une percée s'annonçait, on me faisait des propositions. Je suis donc allé voir si ce marché là me tenté. Je l'ai bien étudié. Un album 100% anglophone est sorti, mais je me souviens qu'un jour d'hiver, j'ai pris la décision de ne plus travailler en anglais avec nos voisins. Je n'avais pas envie de vivre ce genre de métier. Trop dur et demandant trop d'énergie pour tout le travail médiatique. Cela m'épuise et ne me ressemble absolument pas. Je préfère consacrer mon temps à la création et travailler chez moi. La discrétion me convient beaucoup plus. J'ai donc réorganisé ma vie et très avantageusement." 
Et dans l'ombre, il ne chôme pas, c'est sur. Il écrit beaucoup pour lui, mais aussi énormément pour les autres. "J'ai aussi fait deux disques pour enfants car j'aime beaucoup ce genre d'exercice. Durant un an et demi, je me suis consacré à trois musiques de films. Mais attention, ni l'ombre me va bien, le triomphe me fait toujours plaisir. Avec Notre-Dame, je me régale tous les soirs. Il me fallait relever ce défi du prêtre méchant et en plus, un grande salle j'en rêvais depuis toujours. Vous savez, petite ou grande, chaque salle a finalement son bonheur. Durer devant 4000 personnes, ça flatte mon ego. On en prend plein la gueule et on aime ça. Oui, je suis heureux, même très heureux. Cet immense
succès me fait sourire tous les jours.

Le bonheur est dans le pré

Même s'il est heureux "icitte", et ça se voit tellement il rayonne, son coeur reste là-bas dans son pays. "A Paris, avec ma famille, ma femme, mes enfants, on se promène, on visite des monument, quelle merveille ! C'est la première fois que j'arrive à profiter de cette superbe ville mais mon bonheur est toujours dans le pré et bien sur dans le jardin ! Je fais toujours mon potager, même cette année sachant pertinemment que je ne serai pas là pour en profiter. je m'y suis consacré des semaines durant pour en faire un beau...que ma voisine a récolté. Arrivé à Paris, début Août, j'ai raté les tomates, les concombres, les pommes de terre, les carottes...mais ce n'est rien !" D'ailleurs son goût prononcé pour la nature, se ressent d'autant  plus à travers ses endroit préférés dans la belle province. "Moi, le Québec que je préfère, c'est  le Québec de la campagne, c'est la coté Nord, la Gaspésie, ces régions merveilleuses qui n'existent nul part ailleurs. Si je devais conseiller un français arrivant au Québec, je lui dirais : prenez votre temps, louez une petite voiture, allez vous promenez dans la campagne, profitez du bon air et des gens extrêmement accueillants, gentils. C'est ça aussi découvrir un pays, un peule."

Et après Notre-Dame...

Après, l'euphorie parisienne, l'envie de remonter sur scène, en France, démangera sûrement Daniel Lavoie très vite. "Aujourd'hui je me permets de regarder les projets de loin. Pour le moment, Notre Dame est très confortable, j'ai l'intention de m'y consacrer pleinement et d'aller au fond des choses mais je ne dis non à rien. je me suis débattu pendant des années, là c'est bien loin derrière moi et j'apprécie le jour après la remontée. J'ai envie de revenir en France, faire une tournée. J'y pense depuis des années, je rêve de le faire juste avec deux pianos et un autre artiste que j'aime, l'un en face de l'autre, s'aidant l'un l'autre. On ferait un beau show. Ce serait l'fun mais c'est loin encore...pour le moment c'est Frollo qui m'habite. Après Paris, la France, la Belgique, Montréal et Québec...on verra."

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