Interview Daniel Lavoie au Casino de Paris


Réalisée le 16 mars 2003, à Paris
Par Alma Mulalic - Webmaster

 

Rencontre avec Daniel Lavoie au Casino de Paris. Il nous parle du "Petit Prince" (qui s'est terminé le 13 avril), de cinéma, de son futur album solo, de ses projets et tout plein d'autres choses. Bonne lecture...

 

 LE PETIT PRINCE

Qu'est ce que tu aimes le plus dans le personnage de l'Aviateur ?

Ce que j'aime le plus dans le personnage de l'Aviateur, c'est peut-être sa sérénité et le fait qu'il ait plusieurs très belles chansons à chanter. Contrairement à "Notre Dame de Paris" par exemple, où je n'avais pas les plus belles chansons du spectacle. Cette fois ci, j'ai vraiment de très belles chansons et j'en suis très heureux.

Et ce que tu aimes le moins ?

Ce que j'aime le moins de ce personnage, c'est qu'il est très effacé. Il ne fait pas son numéro de production. Etant un chanteur et aimant de temps à autre en mettre un peu, je m'en lasse un peu de ne jamais pouvoir "exploser" avec ce personnage.

Quelle est ta scène préférée ?

J'ai une scène qui est de loin ma préférée : la rencontre du Petit Prince et du Renard. C'est une scène qui est très jolie, très émouvante et extrêmement bien chantée, autant par Jeff que par Romain (Cortèse). J'aime beaucoup la voix de Romain.


Jouer avec des enfants différents chaque soir, est-ce un plus ou un moins ?

Jouer tous les soirs avec différents enfants est parfois un plus, parfois un moins. Il y a des moments où c'est extrêmement difficile. Il y a des enfants qui le font q'une fois par semaine, qui arrivent donc avec aucun rodage. Ce qui fait qu'un spectacle devient bon, c'est quand il est bien rodé. Les enfants qui jouent leur  personnage une fois par semaine, n'ont pas vraiment le temps d'entrer dans le personnage et c'est difficile pour moi qui suis très rodé. Je  fais ce spectacle six fois par semaine, chaque détail est étudié, travaillé et revu. C'est très important.
Jeff et Sébastien sont tous les deux très bons, très professionnels, malgré leurs jeunes âges. Ils sont d'une rigueur que j'aime beaucoup, parce que je demande beaucoup de rigueur aux gens avec qui je travaille.

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants » : quels souvenirs gardes-tu de ton enfance ?

Mon enfance au Manitoba, c'est une enfance bénie des dieux. Je suis né dans un tout petit village où il n'y avait pas d'éléments perturbateurs. C'était un village où tout le monde connaissait tout le monde. C'était très loin des villes. Je suis parti de mon village à quatorze ans, donc toute mon enfance je l'ai vécue dans la grande plaine, au soleil, avec des gens aimants et que j'aimais. Je peux dire que j'ai passé une enfance assez merveilleuse. J'en suis très reconnaissant et très chanceux.
 

 CINEMA : THE BOOK OF EVE

Qu’est ce qui te plait dans le métier d’acteur ?

Je ne me considère pas un acteur. Je me considère un chanteur qui s'improvise acteur et qui a eu jusqu'ici des rôles qui lui convenaient bien. J'aime beaucoup jouer la comédie. J'ai travaillé dans le film "The Book of Eve" avec une très grande actrice : Claire Bloom, qui est une grande comédienne, reconnue autant pour ces rôles au cinéma que pour ces rôles au théâtre. C'est quelqu'un qui a une immense réputation. Travailler avec elle, ça a été comme un cadeau. C'est extraordinaire pour moi, de travailler avec quelqu'un qui est presque une légende. J'ai appris beaucoup de choses. J'ai même appris à aimer faire du cinéma, parce qu'avant j'aimais pas trop. Je me suis dis " j' accepte parce que je vais aller voir ce qu'il y a là" et quand j'ai vu travailler Claire Bloom, j'ai découvert que ça pouvait être non seulement agréable mais extrêmement intéressant et passionnant. J'ai découvert peut-être un nouveau défi dans ma vie.

Est-ce que " Le Fabuleux Voyage de l'Ange" a été une bonne expérience ?

"Le Fabuleux Voyage de l'Ange", c'était une très bonne expérience, dans le sens où je découvrais quelque chose de complètement nouveau. Je n'avais jamais fait de cinéma de ma vie. Dans ce film, je jouais un personnage qui était très bizarre et j'arrivais difficilement à le comprendre. Je ne suis pas particulièrement enchanté par ce que donne ce film mais j'ai beaucoup aimé découvrir le monde du cinéma à travers "Le Fabuleux Voyage de l'Ange".

Qu'est ce qui est le plus difficile pour toi au cinéma ?

Le plus difficile c'est d'arriver à jouer juste, de sonner vrai, d'être crédible. Je n'ai pas pris de cours. Ce n'est pas du théâtre le cinéma. Le cinéma  est beaucoup plus proche de la vie que le théâtre donc ça nous ressemble beaucoup plus. On n'a pas à faire des grands gestes, à jouer des grandes émotions. La caméra vient nous chercher de très près et il y a le montage qui joue en notre faveur. Je crois que le plus difficile au cinéma, c'est d'arriver à être vrai.

Décris-nous ton personnage du roumain Johnny Brancusi dans "The Book of Eve".

Johnny Brancusi... (on prononce "Brancouch") Johnny, c'est un frimeur, un menteur, un buveur, un coureur de jupons, un amoureux de la vie, un passionné de cuisine. C'est un personnage adorable et détestable. C'est ce que j'ai beaucoup aimé de ce personnage. Il tombe amoureux d'une vieille dame, qui est vingt ans plus vieille que lui et il devient très attachant à cause de ça. Il y a une vérité dans sa vie à travers toute sa frime, il y a quelque chose de très touchant. ça se termine plutôt bien mais ça laisse plein de questions. C'est un film assez atypique. En général, c'est le vieux bonhomme et la jeune fille et ici c'est la veille dame et le presque jeune homme. C'est bien que les femmes aient une autre image que toujours la belle jeune fille et et le vieux mec. Cela ne peut que contrebalancer quelques idées pré-établies.

Ce film a été doublé en français. Est-ce la première fois que tu fais du doublage ?

Je l'ai doublé en français parce que ça a été filmé et joué en anglais. C'était la première fois que je faisais du doublage. C'était étonnamment facile. Le plus difficile a été de trouver l'accent, parce que Johnny Brancusi en anglais avait un accent roumain. Il fallait ensuite trouver un accent qui soit français roumain. J'ai trouvé quelque chose qui n'est pas loin de ressembler à ça. Je crois qu'au cinéma, de toute façon, on entend un accent, on se fait dire que la personne est de Roumanie, on analyse pas plus. Il y a quelques Roumains et quelques spécialistes des accents qui vont peut-être s'offusquer mais l'accent est au moins homogène du début à la fin du film.

As-tu appris des mots en roumain ?

J'ai appris quelques mots en roumain mais j'ai oublié. J'ai appris des gros mots. C'est les premiers mots qu'on apprend, même dans les films. Je parle un peu roumain dans le film, des gros mots, quand je me casse la gueule en tombant en bas d'un escalier saoul, par exemple.
Le film ne sortira probablement pas en France car il a été doublé par des québécois, en québécois. Il faudrait le redoubler en français pour que les français y comprennent quelque chose.
 

 CARRIERE SOLO

Peux-tu nous dévoiler quelques éléments de l'album que tu prépares ?

Je sais que les chansons ont été écrites dans une tradition de chansons françaises que j'aime beaucoup et que j'ai délibérément choisie. Les auteurs principaux sont Patrice Coirault et Brice Homs, qui sont deux mecs d'à peu près mon âge et qui ont des vies, même si elle sont très différentes de la mienne, qui y ressemblent. Ils ont écrit des textes qui correspondent plutôt bien à ce que je suis, donc des textes que je peux assez bien défendre. Cela va être assez dense, je vous avertis. C'est une écriture assez dense et qui va peut être vous étonner un peu de temps à autre j'espère. Je trouve qu'il y a de très belles choses.

Sur quels sujets portent les textes ?

Sur tout... Je parle de la vie, de la mort, de l'amour, de la souffrance, de la joie, du bonheur. De politique un peu, mais je ne fais pas de la chanson politique. De toute façon, à partir du moment où on dit quelque chose plus fort que les autres on fait de la politique, donc quand on est chanteur avec un micro on fait inévitablement de la politique.

As-tu composé des chansons ?

J'ai composé toutes les musiques. Aucune parole est de moi. A part le fait que, quand on me propose un texte, en général je le charcute. C'est à dire que je prends ce que je veux et que je jette ce que je ne veux pas. Avec les auteurs avec qui je travaille, il n'y a pas grand chose à faire. Mais, en général, je vais chercher l'essence de ce que moi je peux défendre, de ce que j'ai envie de chanter. Je réarrange un texte complètement et j'en fait "ma chose". Je participe activement à la réécriture.

Dans quels pays est-ce que tu prévois de sortir cet album?

J'aimerai le sortir dans tous les pays francophones du monde ! Il y en a pas des tonnes : au Québec, au Canada, en Belgique, en Suisse et  peut être même en France (blague!). Bien sur en France aussi...
Je serai en tournage à la rentrée 2003 donc je sais pas si j'aurai le temps ou l'énergie de sortir l'album à ce moment là, mais probablement plus vers le mois de novembre 2003.
 

As tu envie de faire des concerts solo et quel genre de concerts ?

Oui, j'en ai envie. Des concerts assez intimistes. Pas acoustiques mais "acoustisants" car j'aime beaucoup les sons d'instruments acoustiques mais j'aime beaucoup les sons d'instruments électroniques aussi, donc ce sera un mélange. Un heureux mélange j'espère !
Je ne ferai pas une immense tournée mais je vais la faire par petits bouts, c'est à dire trois semaines ici, trois semaines là... Si mon disque se vend à des millions d'exemplaires, je devrais faire des grandes salles mais j'aime bien les salles comme le Casino de Paris. Pour moi c'est une salle parfaite : 1500 personnes. C'est très intime. On arrive à parler dans les yeux de tout le monde. J'aime bien avoir un contact assez proche avec le public. Mais cela dit, j'ai déjà chanté dans des stades et j'y ai pris grand plaisir.

Est-ce que tu y chanterais des vieilles chansons ?

Probablement. Je ne pourrais pas m'en sortir sans chanter "Ils s'aiment" par exemple. Il y en aura quelque vieilles...

Est-ce que tu irais un  jour en Russie pour faire un concert ?

Je n'ai rien contre l'idée d'aller un jour en Russie mais c'est compliqué. Eventuellement, si on me propose quelque chose de bien organisé, pourquoi pas. A voir, mais je ne dis pas non.

Est-ce que tu songes à sortir un nouvel album “Best of” ?

Peut-être un jour. J'ai même pensé un jour sortir un album de maquettes : des chansons que j'ai faites pour d'autres dans leur version originale. C'est à dire avant qu'elle soient réarrangées et transformées. Par exemple : la chanson que j'ai faite pour Lara (Fabian), la chanson que j'ai faite pour Pagny... Mais ce serait vraiment pour ceux qui m'aiment et qui sont curieux. Pour les curieux qui ont envie d'entendre les chansons avant.

Autrefois tu écrivais presque toujours les paroles des tes chansons et maintenant tu chantes souvent des chansons écrites par d’autres. Pourquoi ?

J'ai passé une période où je trouvais que ce que j'écrivais était pas mal et en même temps je me rendais compte que mon amour premier, ce que j'aime le plus faire, c'est la musique. Je passais vingt minutes à faire un texte et vingt heures à faire la musique. Donc je me suis dis "si je me concentrais sur la musique et laissais faire les textes aux gens qui adorent faire des textes", parce que je n'aime pas faire des textes. J'en ai fait plusieurs mais c'était à coup de pieds dans le cul. Je me poussais sans arrêt. Il est venu un temps dans ma vie où j'ai eu envie de faire ce que j'aime, et d'arrêter [d'écrire]. Je trouve maintenant des textes qui me correspondent et qui sont très beaux.

Est-ce que tu aimerais créer une oeuvre musicale, une comédie musicale par exemple ?

J'y ai déjà pensé mais pour le moment c'est repoussé indéfiniment. Faire un disque c'est aussi faire une oeuvre musicale. Pour ce disque j'ai fait trente chansons. Je vais en garder douze ou treize pour l'album. Le fait de les avoir travaillées selon un thème bien précis, ce serait facilement une comédie musicale.  Mais je n'ai pas été jusqu'ici motivé au point de le faire.

On te demande toujours de chanter “Ils s”aiment” dans les émissions télé, cela ne t’agace-t-il pas ?

Cela ne m'énerve pas dans le sens ou c'est une chanson qui est malheureusement, mais heureusement pour moi, encore très actuelle, qui correspond à une réalité très moderne. Je ne vous cacherais pas que je suis plutôt fier d'avoir fait une chanson qui vieillit aussi bien. Je la garde précieusement cette chanson là. Je ne me souviens pas d'avoir refusé de la chanter mais en général quand les conditions sont minables j'en fait qu'un couplet.

Un journal avait mentionné que tu avais écrit Le Bébé Dragon” (album pour enfants) en anglais. Est-ce vrai ?

Oui, je l'ai fait en anglais mais ce n'est jamais sorti. Il faudrait d'abord que je trouve un pays qui serait intéressé de le sortir et je sais pas si j'ai envie d'y mettre l'énergie et le temps. Mais j'aime bien les "Bébé Dragon". Ce sont des chansons d'adultes camouflées en chansons pour enfants.

 

 CHANSONS POUR LES AUTRES ARTISTES

Tu composes beaucoup pour les autres chanteurs. T’adaptes-tu à l’artiste pour lequel tu écris ou bien est-ce une chanson qui était destinée à toi ?

Selon... Parfois j'écris des chansons pour moi, pour le plaisir d'écrire une chanson et je la donne à quelqu'un qui y voit sa chanson. Comme "Le Feu à la Peau", au départ c'était pas  pour Florent Pagny particulièrement. C'est une chanson que je me destinais à moi. Le directeur de Mercury a entendu la chanson et il m'a dit "ça c'est pour Florent" et j'ai dis d'accord... Je regrette un peu de ne pas l'avoir gardée pour moi car je l'aime beaucoup.

Quelle est la chanson que tu as donné, que tu préfères ?

Il y en a beaucoup que j'aime pas mal, mais ce n'est pas des chansons que je chanterais pour autant. J'aime beaucoup la chanson que Luce Dufault a chanté, qui s'appelait "Chanson Pour Anna". C'est une chanson que j'adore. Parmi toutes les chansons que j'ai données aux autres, celle que j'aimerais chanter c'est bien celle-là. Elle a une émotion que je n'ai jamais trouvé dans d'autres chansons.

Y a t-il un groupe ou une personne avec qui tu aimerais chanter ?

J'ai déjà chanté avec plein de gens, ma carrière est longue... J'ai chanté avec Céline (Dion), Lara (Fabian). J'ai même chanté avec Sting et Peter Gabriel. J'ai chanté avec Garou, avec Maurane. J'aime toujours chanter avec Maurane qui est une de mes préférées.
Si je devais choisir un groupe avec lequel j'ai envie de chanter, je dirai un groupe comme Dave Douglas, qui est un groupe de jazz, qui fait de la musique tzigane-jazz. Si jamais ils cherchent un chanteur , je me proposerais.

Quelle genre de musique tu écoutes ?

J'écoute pas beaucoup de chansons. Jeune, j'ai écouté beaucoup beaucoup de chansons, et je me suis fait une idée. Maintenant, j'écoute beaucoup de choses quand elles sortent. Je les écoute une ou deux fois et après je n'écoute plus. J'essaye d'écouter un maximum de choses, un peu de tout. Mais la musique que j'écoute pour mon plaisir c'est la musique classique, le jazz. Bach, moins maintenant. J'ai écouté Bach pendant quinze ans beaucoup beaucoup, puis maintenant j'avoue, j'écoute pas beaucoup de musique. Je fais de la musique tous le jours et j'aime bien le silence. Le silence est bien agréable aussi.

 NOTRE DAME DE PARIS

Quel souvenir de cette aventure "Notre Dame de Paris" (NDP) ?

Un souvenir aigre-doux. Un souvenir de moments de grande excitation, de grandes joies, de grands triomphes. Et comme tous les grands triomphes, il y a toujours inévitablement des brouilles. Tout cela s'est désagrégé un petit peu d'une façon que je n'ai pas trop aimé. Cela a été une expérience fabuleuse qui a fini un petit peu en queue de poisson et c'est ce que je regrette. ça a été un travail d'équipe tellement intense, tellement fort, et ensuite l'équipe s'est désagrégée et ça m'a rendu un peu triste mais c'est comme ça.

As-tu vu les différentes versions de NDP ?

J'ai vu la version italienne que j'ai trouvée splendide. Je recommande à tous ceux qui ont aimé Notre Dame en français, la première équipe, d'aller voir la version italienne. Je ne comprends pas un sacré mot en italien mais je connais Notre Dame par coeur donc je savais ce que chaque mot voulait dire. Je trouve que la version italienne, telle que je l'ai vue à Milan, c'est ce qui se rapproche le plus de la première équipe Notre Dame à Paris au Palais des Congrès. C'est un spectacle splendide, grandiose.

Aimerais-tu refaire un spectacle NDP avec toute la troupe originale ?

Si on me proposait, on en parle un petit peu d'ailleurs mais il n'y a rien de défini, de faire un grand spectacle avec orchestre symphonique, c'est à dire pas en costume mais en costard, pourquoi pas. J'aimerais bien un jour, faire le Stade de France avec l'équipe originale, un orchestre symphonique et jouer dans la mégalomanie totale. Et en même temps, faire plaisir à beaucoup de monde car je sais que beaucoup de monde aimerait revoir l'équipe originale. Mais ça se fera peut-être dans dix ans ou ça ne se fera peut-être jamais.

 QUESTIONS PERSONNELES

Si tu ne pouvais pas vivre au Canada, où est-ce que tu irais vivre ?

Connaissant très bien la France, je crois que mon deuxième "chez moi" c'est la France. J'y ai vécu tellement longtemps, j'y ai vécu par petits bouts. Ce serait certainement pas Paris, ce serait plutôt la campagne. C'est un peu mon pays d'adoption la France. C'est un pays où je suis très bien et je connais bien les français, je suis bien avec eux.

Tu sembles quelqu'un de très calme... qu'est-ce qui peut te mettre en colère ?

Oui, mais pas toujours. Je me contrôle. Je ne me mets pas facilement en colère mais ça arrive. Je ne m'attends pas à ce que tout le monde soit parfait, je le suis tellement pas moi même. Mais par contre, j'aime bien, quand on se retrouve avec des gens pour travailler, qu'on y mette le mieux de ce qu'on a à offrir. Et quand je sens qu'il y en a quelqu'un qui donne le quart ou le tiers de ce qu'il peut donner et met en péril souvent les autres qui travaillent, qui donnent tout, ça me met en colère. Les quelques colères que j'ai fait on été sur des plateaux où je me suis fâché pour des raisons comme celle là. Pas en direct, jamais en direct, j'aime pas humilier les gens en public, je n'aime pas me faire humilier en public.

Ici en France, arrive-t-il que tu ne comprennes pas certaines de nos expressions ?

Rarement maintenant. Il y a des grandes différences entre la français québécois et le français en France. Il y a des mots qui ne veulent pas dire la même chose. J'ai eu une éducation classique : j'ai lu Victor Hugo et les autres, j'ai fait mon latin et mon grec. Donc le français n'a plus énormément de surprises pour moi. Il y a certaines expressions d'argot qui peuvent parfois me faire bafouiller. Mais par contre,  je peux très vite perdre mon français avec le langage québécois parce que le langage québécois, contrairement au classique français n'apparaît pas dans les curriculum d'études des français. Donc ils peuvent facilement se perdre.

Tu fais quelques fautes d'orthographe en français... ?

Le huit premières années de ma scolarité ont été faites dans une petite école de campagne où il y avait une maîtresse par quatre années scolaires, et dans les quatre années scolaires il y avait une heure de français allouée par la province légalement. Une heure de français par jour qu'elle devait partager sur les quatre années scolaires donc j'avais quinze minutes de français par jour, pendant mes huit premières années scolaires. J'ai appris pendant ces quinze minutes là : la grammaire, l'orthographe, et tout ce qu'il faut apprendre pour parler, comprendre et écrire le français. C'était maigre. ça a été donc une partie difficile à reprendre, donc, de temps à autre, je fais des fautes d'orthographe. Mais j'aime mieux le français que l'anglais.

Tu t’impliques dans la cause du diabète juvénile. Pourquoi cette cause en particulier ?

J'y suis impliqué, c'est à dire que j'ai accepté d'être porte-parole pour la Fondation de Recherche sur le Diabète Juvénile. (F.R.D.J.) J'ai accepté, je vous dirai, d'une façon très bête. A l'époque, je me faisais demander dix fois par semaine d'être le porte parole pour une chose ou une autre. Il fallait à un certain moment que je choisisse un organisme et que je m'y consacre et que je dise aux autres : je m'excuse mais je peux pas donner mon temps à tout le monde. J'ai choisi le diabète juvénile pour la simple raison qu'il y a du diabète dans ma famille, un peu, pas beaucoup. J'étais un peu sensibilisé à la chose donc j'ai accepté. Et en plus c'est un organisme qui fonctionne très bien, qui est très honnête et qui travaille très fort. En m'y impliquant, j'ai découvert ce que c'était. En découvrant quelque chose on apprend à l'aimer et à s'y donner.

Comment ça s'est passé pour la F.C.A.F. (Fédération Canadienne pour l'Alphabétisation en Français) dont tu es aussi le porte-parole ?

On m'a demandé d'y participer. Apparemment ceux qui y travaillaient, c'était moi qu'ils voulaient. C'était difficile de refuser, ce n'était pas la même juridiction que le diabète juvénile donc j'ai accepté.
 

Tu vas  enregistrer un CD pour la F.C.A.F., pour l'opération "Printemps des lettres"... (lecture de lettres qui sera diffusée à la radio canadienne)

Oui, je vais le faire bientôt. Ce sont les premières lettres écrites par des gens qui n'ont jamais écrit de leur vie. C'est touchant et beau.

Si un génie était prêt à réaliser ton vœu le plus cher, que lui demanderais-tu ?

J'en ai beaucoup d'idées, de tout ce qu'on pourrait faire avec la magie. De ne pas vieillir, de ne jamais être malade, que la souffrance physique n'existe pas, pour tout le monde. J'essaye de croire que la vie est parfaite et que c'est comme ça qu'elle doit être. Il faut l'accepter comme elle est.
 

----> Quelques photos de l'interview.

 

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