Interview "Here in the heart"


1992
Extrait du CD "Here in the Heart", édition spéciale

Question 1 : Daniel, d'où êtes vous originaire? Parlez-nous un peu de votre immense succès au Québec et en Europe.

Daniel Lavoie : Je suis né au Manitoba, environ 230 km au sud-ouest de Winnipeg, près de Peace Gardens, près de la frontière Skatchewan-Dakota du Nord. J'ai passé 18 années de ma vie là, puis j'ai déménagé à St Boniface, Winnipeg, puis je suis allé à l'école en pension et j'ai commencé à jouer dans des groupes, et finalement j'étais engagé pour partir en tournée dans des clubs au Québec. Je suis finalement resté au Québec où j'ai fait de la musique en français, et 10 albums plus tard, me voici ici. J'ai fait cela pendant quelques années et j'ai eu un peu de succès avec certains albums, en Europe, particulièrement en Belgique et Suisse, et dans le communautés francophones, puis à ma grande surprise, j'ai aussi eu du succès dans les pays de l'Est qui écoutent de la musique française : Tchécoslovaquie, Pologne. Ils ont aussi joué ma musique, ils la connaissent, j'en était très flatté. Et en Afrique aussi, où il y a beaucoup de francophones. ça allait bien comme ça pendant quelques années, puis j'ai décidé de faire autre chose.

Question 2 : Daniel, est-ce que c'est la première fois que vous enregistrez un album en anglais? Qu'est ce qui vous a poussé, à ce point de votre carrière, à nous offrir un troisième album?

Daniel Lavoie : Ce n'est pas mon premier album en anglais, c'est en fait mon troisième. Le premier a été fait, je croix, pour me prouver à moi même que je pouvais le faire. J'avais un tas de chansons en anglais qui s'accumulaient dans différents endroits, et je ne savais pas vraiment ce que j'allais faire de tout ça, jusqu'au jour où j'ai convaincu mon producteur de faire un album en anglais, puis comme j'avais du succès au Québec et ailleurs au Canada, très très peu de promotion a été faite pour le vendre, et ce disque a disparu du marché. Et alors, j'en ai fait un autre quelques années plus tard avec EMI International et j'ai eu une diffusion internationale avec celui-ci. Il a été diffusé aux Etats-Unis, en Scandinavie, et en Allemagne et un peu partout, et j'ai eu un peu, comment dites-vous , un peu de "succès critique"? En fait, il semble que les gens qui ont réussi à l'entendre l'ont apprécié et comme beaucoup de gens ne l'ont pas entendu, c'était la fin de celui-ci. Et voilà, maintenant après quelques années encore, me voici encore là. Je n'étais pas sur d'en faire un autre, mais des amis à moi de Los Angeles voulaient que je fasse un album, me disaient que que je devais faire un album, ils m'ont beaucoup poussé et finalement j'ai dit OK, je vais le faire, je vais essayer et voir ce qui se passe.

Question 3 : Combien de temps avez-vous mis pour produire cet album? Et parlez-nous un peu des gens qui y sont impliqués : le producteur, les musiciens, les personnes qui ont collaboré à l'écriture etc.

Daniel Lavoie : En fait, ce que j'ai fait, c'est que j'ai loué du matériel sonore que j'ai apporté dans mon petit studio à la maison, ce qui n'est pas vraiment un studio, c'est juste une pièce avec quatre murs, j'ai tout installé, entassé jusqu'au plafond, et avec mon joueur de saxophone, André Lambert et un ingénieur qui travaille à Montréal, Joe Petralla, j'ai enregistré ces chansons. Nous avons fait environ 10 ou 15 chansons et, quand cela a été fini, nous sommes allés à Paris pour embaucher Alan Mayerson, qui est relativement bien connu aux  Etats-Unis, il a travaillé avec des gens comme Brian Ferry et d'autres vedettes disco. On voulait un album avec un son puissant, alors on est allées dans un studio fantaisiste à Paris, on y a travaillé pendant un an, se demandant ce qu'on allait bien pouvoir faire de cet album. Je n'étais pas très content de l'album, certaines chansons ne me convenaient pas, alors finalement j'ai convaincu différentes personnes de refaire certaines chansons ou au moins d'en faire quelques nouvelles et c'est ce qu'on a fait. J'ai eu le soutient d'un gars qui s'appelait Billy Williams, qui a produit "Lyle Lovett" et Billy Williams était intéressé par les chansons que je lui ai montré, alors nous avons travaillé ensemble sur les chansons, nous les avons finies et enregistrées à Los Angeles.

Question 4 : Parlez-nous de la chanson "Here in the Heart", qu'est ce qu'elle signifie pour vous...
Daniel Lavoie : Depuis que j'ai vu James Taylor à la télé, il y a très longtemps, je voulais jouer avec Leland Sklarr. Je ne sais pas pourquoi, il y avait quelque chose avec lui, que je me disait, si un jour je fais un album, j'engage Leland Sklarr pour jouer la basse. J'ai parlé à Billy Willimas et j'ai dit, Billy, je veux Leland Sklarr pour jouer la basse sur ces chansons et il en fait Billy connaissait Leland et il a dit, bien sur ! Leland est un bon gars, il n'y a pas de problèmes, on l'aura, on va l'appeler et Billy, assez sur de lui, a appelé Leland et Leland qui venait juste de finir la tournée de Phil Collins a dit "Bien sur ! Je ferai ces chansons pour toi Billy". Puis, il est arrivé dans le studio, et il était comme j'espérais, génial, amusant, intelligent, sensible. Il a ajouté beaucoup d'âme à ces chansons et réalisé un de mes rêves. Les trois dernières chansons ont été faites avec Mary-Beth Derry. Mary-Beth est une parolière qui vit à Los Angeles et son ami avait un ex-femme qui vit en Floride. Ils étaient en Floride, pour rendre visite à sa femme, en fait à ses enfants, et l'un des enfants et venu un matin vers son père et lui a dit "Papa, quand est-ce que tu rentres? Je ne veux pas que tu partes, comment je peux te voir quand tu es loin?" Et cet ami a répondu "Et bien, tu es toujours là, tu es dans mon coeur". Et Mary-Beth en a fait une chanson "Here in the Heart". Et je pouvais comprendre ces sentiment, parce que je laissait aussi mes enfants pendant des années et des années et j'avais toujours ce pincement au coeur quand je leur disait au revoir, je pars encore pour une tournée, me demandant quand je les reverrai. C'est terrible quand on ne sait pas si vous allez revenir et revoir vos enfants un jour. Et je croix qu'il y a beaucoup de gens de cette décennie qui vivent ce genre de situation et sont séparent. Cela ne concerne pas seulement les parents et les enfants, mais aussi les amoureux, les gens qui meurent du sida et cela concerne beaucoup d'autres choses. Il y a comme ça, une sorte de tristesse à travers cette chanson. Je pense qu'il y a aussi de la joie, la joie de l'attachement qui existe entre nous tous, cela m'est très cher.

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