Le Petit Prince - Spectacle Intégral
ACTE
2
Paroles : Elisabeth Anaïs.
Musique : Richard Cocciante.
EPHEMERES
ST EXUPERY
On veut croire à des choses éternelles
Pour oublier toutes ces choses précaires
Qui encombrent la terre et le ciel
Les poèmes et les dictionnaires
Car nous sommes
Ephémères
Menacés par une fin prochaine
Les explosions en chaîne
Les amours et les gloires passagères
Ephémères
Avoir la sagesse nécessaire
De prendre un peu tout à la légère
Et savoir se détacher de la Terre
Ephémères
Epris de folie temporaire
Qui nous laisse espérer le ciel
Et nous attache à des pierres
Ephémères
Qui en prières
Trouvent un sens à leurs destins
Si incertains
Ephémères
Pris au piège sous l'effet de serre
Comme ces fragiles insectes qui naissent
Pour s'éteindre en pleine lumière
Ephémères
Avoir la sagesse nécessaire
De prendre un peu tout à la légère
Et savoir se détacher de la Terre
Ephémères
Epris de folie temporaire
Qui nous laisse espérer le ciel
Et nous attache à des pierres
Ephémères
Pour enfin
N'être dans ces déserts
Plus qu'un grain de poussière
Le
Petit Prince - Bonne nuit.
Le serpent : -
Bonne nuit.
Le Petit Prince : - Sur quelle planète suis-je tombé ?
Le serpent
- Sur la Terre, en Afrique.
Le Petit Prince
- Où sont les hommes ?
Le serpent :
- Ici c’est le désert,
il n’y a personne dans les déserts. La Terre est
grande.
Le Petit Prince : - Je sais, deux milliards d’habitants,
avec une armée de 472 511
allumeurs de
réverbères sur six continents, ça faisait un effet
superbe vu d’en haut, comme un ballet d’opéra. D’abord les
allumeurs de réverbères de Nouvelle-Zélande, d’Australie, et
puis…
Le serpent :
- Attention, quand on veut faire de
l’esprit, il arrive qu’on invente un
peu. Tu vas donner une fausse idée de la planète à ceux qui ne la
connaissent pas. Les hommes occupent très peu de place sur la
Terre. Si tous les habitants se tenaient debout et un peu serrés, on pourrait
entasser l’humanité entière sur le moindre petit ilôt du
Pacifique
Le Petit Prince :
- Les grandes personnes ne te croiront
jamais.
Le serpent :
-
Elles se voient importantes comme des baobabs.
Le Petit Prince : - Je me demande si les étoiles sont éclairées
afin que chacun puisse
un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète, elle est juste au-
dessus de nous. Comme elle est loin…
Le serpent : - Elle est belle. Mais que viens-tu faire
ici ?
Le Petit Prince :- J’ai des difficultés avec une fleur.
Le serpent : -
Une fleur ?
Le Petit Prince : - Non, ça c’est une fleur à trois pétales,
une fleur de rien du tout. La
mienne est éphémère.
Le serpent : - …………………. (il fredonne).
Le Petit Prince : - Où sont les hommes ? On est un peu
seul dans le désert.
Le serpent :- On est seul aussi chez les hommes.
Le Petit Prince :
- Tu es une drôle de bête. Tu n’as même
pas de pattes. Tu ne peux
même pas voyager.
Le serpent : - Oh, je puis t’emporter plus loin qu’un
navire. Celui que je touche,
je le rends à la terre dont il est sorti. Tu es pur, tu viens d’une étoile,
mais tu me fais pitié, toi si faible, sur cette terre de granit. Je puis
t’aider un jour, si tu regrettes trop ta planète. Je puis…
Le Petit Prince : Oh, j’ai très bien compris. Mais pourquoi parles-tu toujours par
énigmes ?
Le serpent : - Je les résous toutes.
Le Petit Prince :
- Bonjour.
Les cactus : -
Bonjour.
Le Petit Prince :- Où sont les hommes ?
Les cactus :- Oh, les hommes ! Il en existe je
crois six ou sept. Je les ai aperçus il
y a des années. Mais on ne sait jamais où les trouver. Le vent les promène, ils manquent de racines. Ca les gêne beaucoup.
Le Petit Prince :
- Adieu.
Les cactus :- Adieu.
Le Petit Prince : - Je
vais faire l’ascension de cette haute montagne. Tu sais… aïe !
Les cactus :
- Oh pardon !
Le Petit Prince : - Je n’ai jamais eu de montagne comme ça.
J’ai trois volcans qui m’arrivent à peine aux genoux.
Les cactus : - Aux genoux ?
Le Petit Prince : - Au sommet, j’apercevrai d’un coup toute la planète et tous les
hommes.
L’ECHO
LE PETIT
PRINCE
Bonjour.
L’ECHO
Bonjour…Bonjour…Bonjour…
LE PETIT
PRINCE
Qui êtes-vous ?
L’ECHO
Qui êtes-vous… Qui êtes-vous…
LE PETIT
PRINCE
Soyez mes amis.
L’ECHO
Mes amis…
LE PETIT
PRINCE
Je suis seul.
L’ECHO
Je suis seul….
LE PETIT
PRINCE
Bonjour.
L’ECHO
Bonjour…Bonjour…Bonjour…
LE PETIT
PRINCE
Qui êtes-vous ?
L’ECHO
Qui êtes-vous… Qui êtes-vous…
LE PETIT
PRINCE
Soyez mes amis.
L’ECHO
Mes amis…
LE PETIT
PRINCE
Je suis seul.
L’ECHO
Je suis seul….
LE
PETIT PRINCE
Cette Terre est
Une drôle de planète
Elle est toute sèche
Toute pointue
Toute salée
Et les hommes manquent
D’imagination
Ils répètent tout
Tout ce qu’on leur dit…
LE PETIT
PRINCE
Bonjour.
L’ECHO
Bonjour…Bonjour…Bonjour…
LE PETIT
PRINCE
Qui êtes-vous ?
L’ECHO
Qui êtes-vous… Qui êtes-vous…
LE PETIT
PRINCE
Soyez mes amis.
L’ECHO
Mes amis…
LE PETIT
PRINCE
Je suis seul.
L’ECHO
Je suis seul….
LE PETIT
PRINCE
Seul…
L’ECHO
Seul… Seul… Seul…
LE PETIT
PRINCE
Chez moi j’avais une fleur
Elle parlait toujours la première
LE JARDIN
DES ROSES
LES ROSES
Ah ! Je me réveille à peine
Ah ! Je vous demande pardon
Ah ! Je suis toute décoiffée
Mais je suis née en même temps que le soleil
Ah ! Sans trop vous déranger
Ah ! Pourriez-vous m’apporter
Juste un petit déjeuner
Je prendrais bien quelques gouttes de rosée
LE PETIT
PRINCE
Ma fleur me disait
Que dans tout l’univers
Elle était seule en son genre
Mais ce n’était pas vrai
Comme elle il y en a des milliers
Ah ! Si ma fleur vous voyait
Elle se sentirait humiliée
Et pour se sentir moins ridicule
Elle touss’rait et ferait semblant de mourir
Moi je s’rais bien obligé
De faire semblant de la soigner
Sinon pour m’humilier aussi
Elle pourrait bien se laisser vraiment mourir
Moi qui me croyais
Si riche d’une fleur unique
Je n’ai qu’une rose ordinaire
Entre elle et mes volcans
Je n’ai vraiment pas l’air d’un grand prince
LES ROSES
Ah ! Avec mes quatre épines
Ah ! Je ne me laisse pas prendre
Moi je n’ai pas peur des tigres
Ils peuvent toujours venir je sais me défendre
Ah ! J’ai toujours un peu froid
Ah ! Je crains les courants d’air
J’aime tant qu’on prenne soin de moi
Vous n’auriez pas par hasard un paravent ?
Le Petit Prince :- Je me croyais riche d’une fleur unique,
et je n’ai qu’une rose
ordinaire comme les autres. Ca, et mes trois volcans qui m’arrivent à peine aux genoux et dont l’un peut-être est éteint pour toujours,
ça ne fait pas de moi un grand prince…
Le renard :
- Bonjour !
Le Petit Prince : - Bonjour ! Qui es-tu ? Tu es bien
joli.
Le renard :
- Je suis un renard.
Le Petit Prince :
- Viens jouer avec moi, je suis tellement triste.
Le renard : - Je ne puis pas jouer avec toi, je ne suis pas apprivoisé.
Le Petit Prince : - Pardon. Qu’est-ce que ça signifie,
« apprivoiser » ?
Le renard :- Tu n’es pas d’ici. Que cherches-tu ?
Le Petit Prince :- Je cherche les hommes. Qu’est-ce que ça
signifie, « apprivoiser » ?
Le renard :- Les hommes… Ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant.
Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches
des poules
Le Petit Prince : - Non, je cherche des amis. Qu’est-ce que ça signifie, « apprivoiser » ?
Le renard :- C’est une chose trop oubliée. Cela
signifie créer des liens.
Le Petit Prince :- Créer des liens ?
Le renard :- Bien sûr. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout
semblable à cent mille petits garçons, et je n’ai pas besoin de toi.
Et tu n’as pas besoin de moi non plus, je ne suis pour toi qu’un
renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises,
nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au
monde, je serai pour toi unique au monde
Le Petit Prince :
- Il
y a une fleur, je crois qu’elle m’a apprivoisé.
Le renard :- C’est possible. On voit sur la Terre toutes sortes de choses.
Le Petit Prince :- Oh, ce n’est pas sur la Terre.
Le renard :- Sur une autre planète ?
Le Petit Prince :- Oui.
Le renard :- Il y a des chasseurs sur cette planète-là ?
Le Petit Prince :- Non.
Le renard :- Ca c’est intéressant ! Et des poules ?
Le Petit Prince :
- Non.
Le renard :
- Rien n’est parfait. S’il te plaît,
apprivoise-moi.
Le Petit Prince :
- Je veux bien, mais je n’ai pas beaucoup
de temps, j’ai des amis à
découvrir et beaucoup de choses à connaître.
Le renard :
- On ne connaît que les choses que l’on
apprivoise.
APPRIVOISE-MOI
LE RENARD
Si tu veux jouer avec moi
il va falloir m’apprivoiser
Et créer des liens pas à pas
Pour commencer à s’attacher
Sinon tu n’es encore pour moi
Qu’un petit garçon comme les autres
Pour toi qui ne me connais pas
Je n’suis qu’un renard parmi d’autres
Apprivoise-moi je t’en prie
Si tu as besoin d’un ami
Et jusqu’à la dernière seconde
Tu resteras unique au monde
Mais si tu sais m’apprivoiser
Ma vie sera ensoleillée
Je connaîtrai ton bruit de pas
Qui m’appellera hors du terrier
Et la blondeur des champs de blé
Me fera souvenir de toi
Enfin j’aimerai le bruit du vent
Qui viendra souffler dans ces champs
Apprivoise-moi je t’en prie
Si tu as besoin d’un ami
Et jusqu’à la dernière seconde
Tu resteras unique au monde
On ne peut connaître vraiment
Que les choses que l’on apprivoise
Mais si les hommes n’ont plus de temps
De s’attarder quand ils se croisent
Ils cherchent des choses toutes faites
Mais il n’y a pas de marchands d’amis
Qui vendent de l’amitié toute prête
Alors les hommes n’ont plus d’amis
Apprivoise-moi je t’en prie
Si tu as besoin d’un ami
Et jusqu’à la dernière seconde
Tu resteras unique au monde
Il nous faudra des rendez-vous
Pour pouvoir s’habiller le cœur
Et tous ces moments entre nous
M’apprendront le prix du bonheur
Le Petit Prince :
- Que faut-il faire ?
Le renard :
- Il faut être patient. Tu t’assoiras
d’abord un peu loin de moi, je te
regarderai du coin de l’œil…
Le Petit Prince :
- Et…
Le renard :
- Et tu ne diras rien.
Le Petit Prince :
- Oh…
Le renard :
-
Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu
pourras t’asseoir un peu plus près.
Le Petit Prince :
- Il faut que je parte.
Le renard :
- Ah ! Je pleurerai.
Le Petit Prince :
- C’est ta faute. Je ne te souhaitais pas
de mal, mais tu as voulu que
je t’apprivoise.
Le renard :
- Bien sûr…
Le Petit Prince :
- Mais tu vas pleurer ?
Le renard :
- Bien sûr.
Le Petit Prince :
- Alors tu n’y gagnes rien.
Le renard :
- J’y gagne, à cause de la couleur du blé.
Va revoir les roses et tu
comprendras
que la tienne est unique au monde.
PUISQUE
C’EST MA ROSE
LE PETIT
PRINCE
Vous ne ressemblez pas à ma rose
Même si un passant ordinaire
Pouvait prétendre le contraire
Vous n’êtes rien encore
Personne ne vous a apprivoisées
Vous n’avez apprivoisé personne
Tant que vous n’avez pas d’ami
Vous n’êtes pas uniques au monde
Vous êtes belles mais vous êtes vides
On ne peut pas mourir pour vous
Et à elle seule ma rose
Compte bien plus que tout
Puisque c’est elle que j’ai arrosée
Puisque c’est elle que j’ai protégée
Puisque c’est elle que j’ai écoutée
Puisque c’est ma rose
LE RENARD
Pour nos adieux voici mon secret
On ne voit bien qu’avec le cœur
Il faut comprendre l’essentiel est
Invisible pour les yeux
Si les hommes oublient cette vérité
Toi tu ne dois pas l’oublier
C’est le temps perdu pour ta rose
Qui fait ta rose si importante
Tu deviens responsable pour toujours
De ce que tu as apprivoisé
LE
PETIT PRINCE
Alors me voici responsable de ma rose à jamais
Puisque c’est elle que j’ai arrosée
LE RENARD
Arrosée
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle que j’ai protégée
LE RENARD
Protégée
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle que j’ai écoutée
Puisque c’est ma rose
LE RENARD
Puisque c’est ta rose
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle que j’ai abritée
LE RENARD
Abritée
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle que j’ai rassurée
LE RENARD
Rassurée
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle que j’ai aimée
Puisque c’est ma rose
LE RENARD
Puisque c’est ta rose
LE PETIT
PRINCE
Puisque c’est elle
Puisque c’est ma rose
Le Petit Prince :
- Adieu.
Le renard :
- Adieu. N’oublie pas mon secret. On ne
voit bien qu’avec le cœur.
Le Petit Prince :
- On ne voit bien qu’avec le cœur.
Le renard :
- L’essentiel est invisible pour les yeux.
Le Petit Prince :
- L’essentiel est invisible pour les yeux.
Le renard :
- C’est le temps que tu as perdu pour ta
rose…
Le Petit Prince :
- C’est le temps que j’ai perdu pour ma
rose…
Le renard :
- … qui fait ta rose…
Le Petit Prince :
- … qui fait ma rose…
Le renard :
- … si importante.
Le Petit Prince :
- … si importante.
L’essentiel est invisible… avec le cœur.
Le Petit Prince :
- Renard… Renard…
Tempête de sable
Le Petit Prince :
- Bonjour ! Bonjour !
L’aiguilleur :
- Bonjour !
Le Petit Prince :
- Que fais-tu ici ?
L’aiguilleur :
- Je suis aiguilleur.
L’AIGUILLEUR
L’AIGUILLEUR
Je trie les voyageurs par paquets de mille
J’expédie les trains qui les emportent
Tantôt vers la droite tantôt vers la gauche
LE PETIT
PRINCE
Ils sont bien pressés que cherchent-ils ?
L’AIGUILLEUR
L’homme de la locomotive l’ignore lui-même
LE PETIT
PRINCE
Ils reviennent déjà
L’AIGUILLEUR
Ce ne sont pas les mêmes c’est un échange
LE PETIT
PRINCE
Ils n’étaient pas contents là où ils étaient ?
L’AIGUILLEUR
On n’est jamais contents là où l’on est
LE PETIT
PRINCE
Ils poursuivent les premiers voyageurs ?
L’aiguilleur :
- Ils ne poursuivent rien du tout. Ils
dorment là-dedans, ou bien ils
baillent. Les enfants seuls écrasent leur nez contre les vitres.
Le Petit Prince :
- Les enfants seuls savent ce qu’ils
cherchent. Ils perdent du temps
pour une poupée de chiffons, et elle devient très importante. Et si
on la leur enlève, ils pleurent.
L’aiguilleur :
- Ils ont de la chance.
Le marchand de pilules :
- Demandez les pilules du Docteur Désir, demandez les pilules
contre la soif !
Le Petit Prince :
- Bonjour !
Le marchand de pilules : -
Bonjour !
Le Petit Prince :
- Et vous, qui êtes-vous ?
Le marchand de pilules :
- Je suis un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif.
Demandez les pilules du Docteur Désir, demandez les pilules
contre la soif ! On en avale une par semaine et l’on n’éprouve
plus
le besoin de boire.
Le Petit Prince :
- Pourquoi vends-tu ça ?
Le marchand de pilules :
- Mais c’est une grosse économie de temps. On épargne cinquante-
trois minutes par semaine selon les experts.
Le Petit Prince :
- Et que fait-on de ces cinquante-trois
minutes ?
Le marchand de pilules :
- Eh bien, on en fait… ce que l’on veut.
Le Petit Prince :
- Moi, si j’avais cinquante-trois minutes
à dépenser, je marcherais
tout doucement vers une fontaine. Je retourne dans le désert, j’aime
mieux le désert.
Tempête de
sable
Lever de soleil
Le Petit Prince :
- Dessine-moi un mouton.
L’aviateur :
- Mais qu’est-ce que tu fais là ?
Le Petit Prince :
- Dessine-moi un mouton. C’est pour ma
fleur. Pour la protéger des
baobabs. Mais il me faut aussi une muselière, pour protéger ma
fleur du mouton. Tu penses, il mange aussi les épines. Je suis
responsable de ma rose.
Coucher de
soleil
L’aviateur :
- Huitième jour dans le désert. Plus
d’eau. Aucune chance de trouver
un
puits dans cette immensité.
L’aviateur :
- Tu penses à ta rose. Elle rayonne en toi
comme la flamme d’une
lampe, même quand tu dors.
Le Petit Prince :
- Les étoiles sont belles à cause d’une fleur que l’on ne voit pas. J’aime le
désert.
L’aviateur :
- J’ai toujours aimé le désert. On ne
voit rien, on n’entend rien, et
pourtant quelque chose rayonne dans le silence.
Le Petit Prince :
- Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque
part.
L’aviateur :
- Tu as donc soif, toi aussi ?
Le Petit Prince :
- L’eau peut être bonne pour le cœur.
L’aviateur :
- Ce qui fait la beauté du désert ou des
étoiles est invisible. Lorsque
j’étais petit garçon, j’habitais une maison ancienne et la légende
racontait
qu’un trésor y était enfoui. Bien sûr, personne n’a jamais
su le trouver, ni peut-être même ne l’a cherché. Il était
invisible.
Mais il enchantait toute la maison qui cachait un secret au fond de
son cœur. Ce que je vois là n’est qu’une écorce, le plus important
est invisible.
Le Petit Prince :
- Je suis content que tu sois d’accord avec mon renard. C’est bien
d’avoir un ami renard, même si l’on doit mourir de soif. Alors
cherchons le puits.
L’aviateur :
-
Au hasard, dans le désert ? Que regardes-tu ?
Le Petit Prince :
- Le reflet du puits dans les étoiles.
CHERCHER LA
SOURCE
L'AVIATEUR
Tout doucement
L'emporter avec moi comme un trésor quand il s'endort
Sentir ce qui se cache derrière l'écorce derrière le corps
Prendre la route marcher encore
Chercher la source
Trouver les puits
De l'eau de pluie
Suivre une étoile
Retrouver sa voie des milliers de fois dans ces déserts
Tenir la main qui connaît le chemin sur cette terre
Perdus éperdus on espère
Chercher
la source
Trouver les puits
De l'eau de pluie
En bout de course
Toucher le ciel
Voir l'essentiel
Chercher la source
Trouver les puits
De l'eau de pluie
En bout de course
Toucher le ciel
Voir l'essentiel
Et dans le Grande Ourse
Ou l'infini
Chercher le sens d'une vie
L’aviateur :
- C’est étrange. Ce n’est pas un puits
saharien. Tout est prêt, la
poulie, la corde, le seau, comme un puits de village. Mais il n’y a
aucun
village.
Le Petit Prince :
- Tu entends ? Nous réveillons ce
puits et il chante. J’ai soif de cette eau-là. Donne-moi à boire.
L’aviateur :
- C’est doux comme une fête.
Le Petit Prince :
- C’est beaucoup plus que de l’eau.
L’aviateur :
- Elle est née de la marche sous les étoiles,
du chant de la poulie, de
l’effort de mes bras…
Le Petit Prince :
- Elle est bonne pour le cœur,
comme un cadeau.
L’aviateur :
- Lorsque j’étais petit garçon, les lumières
de l’arbre de Noël, la
musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient
tout le rayonnement du cadeau de Noël que je recevais.
Le Petit Prince :
- Les hommes de chez toi cultivent cinq
mille roses dans un même
jardin, et ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent.
L’aviateur :
- Ils ne le trouvent pas.
Le Petit Prince :
- Et cependant ce qu’ils cherchent
pourrait être trouvé dans une seule
rose ou un peu d’eau. Mais les yeux sont aveugles.
L’aviateur :
- Il
faut chercher avec le cœur.
Le Petit Prince :
- Tu ne t’en souviens donc pas ? Si,
si, c’est bien le jour, mais ce
n’est pas tout à fait ici. Tu n’as qu’à m’attendre, j’y serai
cette nuit.
Tu as du bon venin ? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir trop
longtemps ?
L’aviateur :
-
Quelle est cette histoire-là ? Tu parles aux serpents maintenant ?
Le Petit Prince :
- Dessine-moi une muselière pour mon
mouton. N’oublie pas, je suis
responsable de ma fleur… Mmoui…
L’aviateur :
- Tu es injuste, je ne savais rien dessiner
que des boas fermés et des
boas ouverts.
Le Petit Prince :
- Oh ça ira ! Les enfants savent…
L’aviateur :
- Petit bonhomme, tu as donc des projets que j’ignore ?
Le Petit Prince :
- Tu sais, ma chute sur la Terre, c’en
sera demain l’anniversaire.
J’étais tombé tout près d’ici.
L’aviateur :
- Alors ce n’est pas par
hasard que ce matin je t’ai rencontré, il y a
huit jours. Tu marchais seul, à mille milles de toute région habitée.
Tu retournais vers le point de chute. A cause peut-être de
l’anniversaire ?
Le Petit Prince :
- Cette nuit, ça fera un an. Mon étoile se
trouvera juste au-dessus de
l’endroit où je suis tombé l’année dernière. Le serpent m’a
promis
de… m’aider. Tu sais, on aura toujours rendez-vous. C’est comme
pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile
c’est doux la nuit de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont
fleuries.
L’aviateur :
- Bien sûr.
Le Petit Prince :
- C’est comme pour l’eau. Celle que tu
m’as donnée à boire est
comme une musique, à cause du chant de la poulie et de la corde.
Tu te rappelles ? Elle était bonne.
L’aviateur :
- Bien sûr.
Le Petit Prince :
- Tu regarderas la nuit les étoiles.
C’est trop petit chez moi pour que
je te montre où se trouve la mienne. Mon étoile, ce sera pour toi
une des étoiles. Et puisque je rirai dans l’une d’elle, alors ce
sera
pour toi comme si c’étaient toutes les étoiles. Ce sera comme si je
t’avais donné au lieu d’étoiles des tas de petits grelots qui
savent
rire.
ON AURA
TOUJOURS RENDEZ-VOUS
L'AVIATEUR
Mon Petit Prince qui viens du ciel
Des étoiles et des hirondelles
Tu as su redonner des ailes
A mes illusions de mortel
LE
PETIT PRINCE
Moi, je suis tombé de nulle part
Ou d'une planète inconnue
Je repartirai pas hasard
Mais je ne t'oublierai jamais plus
ENSEMBLE
On aura toujours rendez-vous
Dans ces étendues de cailloux
L'essentiel est invisible
Pour les yeux des âmes insensibles
LE PETIT
PRINCE
Et même si je sors du décor
Et même si j'ai l'air d'être mort
Tu sais ce ne sera pas vrai
Puisqu'on a tous l'éternité
L'AVIATEUR
On a tous une rose dans le coeur
Des volcans qui nous faisaient peur
Des tas de couchers de soleil
Nos vieux démons et nos merveilles
ENSEMBLE
On aura toujours rendez-vous
Dans ces étendues de cailloux
Où l'essentiel est invisible
Pour les yeux des âmes insensibles
L'AVIATEUR
Nous qui comprenons la vie
Nous nous moquons de compter
LE
PETIT PRINCE
Nous on voulait juste un ami
Même s'il faut un jour le laisser
ENSEMBLE
On aura toujours rendez-vous
Dans ces étendues de cailloux
Où l'essentiel est invisible
Pour les yeux des âmes insensibles
L'AVIATEUR
Je suis tombé de nulle part
D'une planète inconnue
LE PETIT
PRINCE
Je repartirai pas hasard
ENSEMBLE
Mais je ne t'oublierai jamais plus
Le Petit Prince :
- Ne viens pas. J’aurai l’air d’avoir
mal. Tu aurais de la peine. J’aurai
l’air d’être mort, et ce ne sera pas vrai. Tu comprends ?
C’est trop
loin. Je ne peux pas emporter ce corps. C’est trop lourd. Mais ce
sera comme une vieille écorce que l’on abandonne.
L’aviateur :
- Je ne te quitterai pas.
Le Petit
Prince :
- Ce n’est pas triste, les vieilles écorces.
Ce sera gentil, tu sais. Moi
aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits
avec
une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire. Ma
fleur, j’en suis responsable. Elle est tellement faible. Elle a quatre
épines de rien du tout pour la protéger contre le monde. Voilà…
C’est tout…
LE PLUS BEAU ET LE PLUS TRISTE PAYSAGE DU
MONDE
L'AVIATEUR
Le plus beau et le plus triste
Paysage du monde
C'est celui où il n'est plus
Cette lumière qui se perd
En un éclair
L'espace d'une seconde
Comme quand il est apparu
Mais
si un jour
Vos voyages vous emmenaient
Dans ce désert
Si vous vous trouvez
Juste sous l'étoile
Vous devinerez qui il estAlors soyez gentils, ne me laissez
pas tellement triste,
écrivez-moi vite qu'il est revenu…
Le
plus beau et le plus triste
Paysage du monde
C'est celui où il n'est plus
Copyright © [Site officiel de Daniel Lavoie]