Programme de star : Daniel
Lavoie
Le Lundi, 1995
Daniel Guérard
C'est un Daniel Lavoie serein et en pleine forme que j'ai rencontré récemment dans les studios de la Radio Rock Détente, à Montréal. Après un silence sur disque qui aura duré cinq ans, une éternité dans le monde de la musique pop, Daniel Lavoie reprend d'emblée la place de choix qu'il occupe maintenant depuis 20 ans dans notre univers musical. Dans "Ici", un album tendre, sensuel, qu'il a paris le temps de concocter à sa manière, à son rythme, il nous propose des retrouvailles musicales qui ne laissent personne indifférent.
Daniel Lavoie, avoue que ce disque était fort attendu!
Je me suis fait prier, attendre un petit peu. J'ai toujours pris beaucoup de
temps entre chacun de mes disques. j'ai comme modus vivendi de ne pas faire un
album avant d'être prêt et de l'amener jusqu'à une conclusion parfaite.
Parfois, cette façon de faire demande un peu plus de temps.
La vitesse de croisière
Tu sais que la roue de la chanson tourne très vite maintenant
et qu'en général on incite les artistes à produire très rapidement?
Je crois que la situation est pire pour les jeunes. Pour ma part, j'ai atteint
une vitesse de croisière qui me permet d'espacer les albums. Ils semblerait que
plusieurs m'ai attendu. J'ai été soulagé en voyant les réaction suscitées
par "Ici". Jusqu'à la dernière minute, je ne savais pas à quoi
m'attendre. Une semaine avant de terminer le disque, j'ai téléphoné à Marc (Pérusse)
et je lui ai dit : "Je pense qu'on a raté notre coup. C'est effrayant, il
faut recommencer!" Il m'a répondu : "T'es fou, Daniel!" Deus
jours plus tard, c'est lui qui m'a appelé : "Peut-être qu'on s'est
trompé?" Et je lui ai dit : "T'es foi, Marc!" On a fait ça
pendant un bout de temps. On écoute tellement l'album qu'on finit par manquer de
recul.
Daniel Lavoie, ce nouveau disque a tes couleurs, tes émotions.
C'est jazz et blues. Ces teintes étaient déjà présentes dans tes
précédents disques. mais il me semble qu'il y a plus d'unité dans celui-ci,
non?
Je me suis servi de ces styles comme couleurs de base, parce que j'aime ça.
Cette fois-ci, je ne sentais pas de pression du producteur, de la maison de
disques. Personne ne me disait : "Il faut que tu fasses une chanson pop qui
se vendra a 200 000 exemplaires." Comme de n'avais pas cette pression-là,
j'ai décidé de me faire plaisir. Toutefois, j'avais aussi à coeur de faire
plaisir au monde, parce que c'est agréable quand les gens aiment ce qu'on fait.
Avec les années, j'ai compris que les chansons qui marchaient étaient celles
où j'avais été le plus honnête avec moi-même, comme "Ils s'aiment".
Pour moi, elle n'était pas une chanson à palmarès, je n'aurais jamais
imaginé qu'elle serait autant en demande! Il en va de même pour "Qui
sait", je n'aurai jamais pensé qu'elle tournerait autant à la radio. j'ai
donc décidé de faire des chansons que j'aime, qui courent la chance d'avoir du
succès.
Tu as travaillé avec une nouvelle équipe et avec ta compagne,
Louise Dubuc?
Déjà, ma femme corrigeait les fautes de grammaire dans mon disque précédent,
parce qu'elle est beaucoup plus forte que moi dans ce domaine. Des suggestions
à la collaboration, il n'y avait qu'un pas et nous l'avons franchi tout
naturellement. Quand je me suis retrouvés sur le pavé, elle, qui est
journaliste et qui était toujours obligée de me poser des questions sur ma
carrière, a décidé de s'engager à fond. Nous avons alors commencé à
travailler ensemble, comme ça. Louise est une femme très compétente et nous
avons rapidement formé une équipe.
Un gars chanceux
Daniel Lavoie, j'imagine que ce
n'est pas un de tes sujets de conversation préférés, mais tu as subi un
revers de fortune récemment. ç'a été publié, tout le monde l'a su.
Ce n'est pas vraiment quelque chose dont j'aime discuter, mais c'est un sujet
inévitable. Un jour, l'histoire a été publiée dans les journaux et je
n'avais plus qu'à accepter qu'elle soit étalée au grand jour contre mon gré,
puisque quelqu'un s'en est emparé. ça devait se savoir de toute façon. J'ai
alors essayé d'intervenir pour clarifier certains point. Une fois la nouvelle
sortie, je n'avais plus rien à dire. Je n'apprécie pas le pathos. Je n'aime
pas qu'on s'apitoie sur mon sort. malgré mes déboires, je suis très chanceux.
Tu as peut-être écrit tes
meilleurs chansons pendant ce temps-là?
Peut-être. je n'aime pas inspirer la pitié, c'est pour cette raison que je ne
veux pas trop en parler. Pour le reste, je ne suis pas gêné. Cette
histoire-là ne m'humilie pas, elle fait partie de la vie. j'ai appris beaucoup.
je n'étais pas pour vivre tout ça sans en tirer une leçon. Et une bonne, à
part ça!
Comment as-tu fait pour garder le
moral, la forme, pour tourner la page?
Je me concentrais sur les éléments positifs. je faisais mon bilan, la liste
des choses que j'avais, et non celles que j'avais perdues. Alors je me rendais
compte que j'avais beaucoup de choses, j'étais très chanceux. Donc, je me suis
concentré sur mes atouts et j'ai oublié le reste. cette attitude m'a permis de
recouvrer beaucoup d'énergie.
Sa passion? Le jardinage
Daniel Lavoie, c'est l'été, et je sais que tu es un grand jardinier.
C'est un peu ton sport?
C'est une passion. Tout est déjà en place dans le jardin. Je ne touche à rien
pour le moment afin de ne pas briser les pousses. J'ai des plants de tomates,
d'aubergines, de poivrons; je m'arrange pour que tout soit beau. je m'occupe des
fleurs...
Tu as la réputation d'être très citadin. Et maintenant, tu optes pour la
campagne, la terre. D'où te vient ce goût, cette passion du jardinage?
Je suis un gars de la campagne. Mon père, ma grand-mère, mon grand-père
avaient un jardin. Tout le monde dans mon village en avait un. Je passais ma vie
là dedans. J'aimais avoir les mains dans la terre, voir pousser les fruits et
les légumes, observer le miracle qui se produit chaque fois. Une plane d'un
pouce de haut devient immense au bout d'un mois. ça me fascine. J'aime participer
à ce processus et je pense que tout le monde peut le faire. Il suffit de se
passionner pour ça, de se motiver un peu, de consulter des livres qui
expliquent comment "fonctionnent" la terre, les plantes. Dès
qu'on a quelques connaissances de base, n'importe qui peut jardiner.
Bon appétit
Comme tu jardines bien, j'imagine que tu dois bien cuisiner aussi, tu dois avoir
une recette de saison toute simple?
C'est le temps des petits fruits, les fraises arrivent, les framboises s'en
viennent et les bleuets s'ajouteront bientôt. Je te propose une croustade aux
fraises. On ramollit à ras bord un bol profond qui va au four, ou une
casserole, de petits fruits. Il faut ajouter 30 à 45 ml (2 ou 3 cuillères à
soupe) de farine qu'on mêle comme il faut aux fruits pour bien dissoudre. On
sucre, au goût. Puis, on fait la pâte. On mélange 250 ml de farine, 150 ml de
sucre et un jaune d'oeuf. On obtient une pâte un peu granuleuse qu'on dépose
sur les petits fruits. Ensuite, on fait fondre environ 75 ml de beurre, qu'on
verse sur le dessus du mélange. On va cuire environ une heure et demi à 125°C
(275°F). C'est exquis ! Les petits fruits forment une sauce épaisse, et la
croustade est dorée et croustillante. Les gourmands la mangent avec une bonne
crème épaisse. C'est effrayant pour le coeur. C'est mauvais pour la santé.
Mais c'est bon pour le moral !
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