Un beau Petit Prince

France soir  - octobre 2002
Allénor Rouffet

Comédie musicale - Mise en scène épurée dans un concert de lumières savantes

Et que sonnent les trois coups de théâtres et résonnent les chants des acteurs! Le Petit Prince  a joué, mardi soir, sa Première au casino de Paris, dans une salle comble et subjuguée. Sur fond de décor minimaliste, Daniel Lavoie, l'aviateur, et Jeff, le Petit Prince, construisent leur rencontre et leur attachement mutuel sur le mode des relations père-fils. L'amitiés devient amour, plein et déchirant. la mise en scène, simple, épurée, joue de très savantes lumières sur une immuable image de déserts et de rocs. Toute la gamme chromatique se dévoile et crée mille lieux, mille atmosphères. La romance du texte originel, elle, n'est en  rien épurée. Du Petit Prince émane toute la sensibilité et l'intelligence de l'ingénu, du candide, ou prétendu tel. Et quelles splendides incarnations que ces "hommes-planètes", suspendus au dessus de la scène, explorant d'une voix bien posée, la vanité ou l'absurde. Pas de danses ni de gesticulations inutiles: l'essentiel demeure, théâtral. Car ils jouent, en acteurs consommés, et chantent juste. la rose, le renard, l'allumeur de réverbère ou le buveur semblent sortir tout droit de notre imagination d'enfants.

Il est cependant dommage de n'avoir pas laissé à la seule lumière l'exploitation et la transformation du décor. le minimalisme ne se satisfait pas d'un simple décor de carton en guise de puits ou de buissons de fleurs. Les roses des sables, piquées sur cette masse rigide, sont des tiges , montées sur ressorts, aux pétales flétris et peu propices au rêve. Si l'idée d'incarner l'ami serpent par les membres dorés et habiles d'une acrobate est brillante, le renard, lui, porte à rire. Il en est réduit à sa plus simple expression, sans travail de métaphore. Le renard, est un renard, acteur affublé d'un costume poilu sorti de la malle de Guignol. Heureusement que son chant ne souffre pas du museau postiche de la bête.

Toute la gamme chromatique se dévoile et crée mile lieux, mille atmosphères.

Et en prime, la musique de Richard Cocciante. Aucune  fausse note : la mélodie caresse les voix et le ton de l'histoire dont cette adaptation moderne respecte le texte mélancolique. Le deuxième volet, s'il est sentimentalement fort, engourdit quelque peu. Le rêve passe langoureux. C'est tout de même un beau Petit Prince ( et un Jeff talentueux) qui mérite d'être vu sur scène. 
 

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